À Alger, la manifestation anti-Bouteflika violemment réprimée (regards)

Publié le par revolution arabe

 

 

La journée d’hier a été l’occasion d’une nouvelle démonstration de force du régime algérien contre les opposants au quatrième mandat du président, qui manifestaient dans la capitale. Récit et images sur le vif.

Certains ont à peine eu le temps d’accéder au lieu de rendez-vous, d’autres ont été embarqués au premier slogan entonné. Fichés par les services de renseignements, les militants du mouvement Barakat ("Y en a marre") ont été les premières cibles de la répression policière. Réunis à l’appel du collectif citoyen jeudi 6 mars à 11 heures devant la faculté du centre d’Alger, ils étaient plusieurs centaines à manifester contre la nouvelle candidature d’Abdelaziz Bouteflika, au pouvoir depuis 1999 (lire "Le pouvoir algérien joue avec le feu").


Deux jours après l’enregistrement auprès du Conseil constitutionnel de la candidature du président malade, de nouveaux protestataires sont venus dénoncer ce que les Algériens appellent désormais « la mascarade » électorale du 17 avril prochain.


« Plonger Bouteflika dans le formol ? »


Interpellés avec violence, comme lors des rassemblements des dernières semaines, les manifestants ont été dispatchés dans les commissariats des quartiers environnants avant d’être relâchés au compte-gouttes en fin de journée. Adel venait en aide à une jeune femme malmenée par les forces de l’ordre quand il a été poussé dans une camionnette blindée.

 

Péniblement acheminé avec treize autres personnes jusqu’au commissariat de Oued Korich, l’étudiant en gestion restera en garde à vue près de quatre heures, sans aucune explication, ni la possibilité de contacter un proche ou de faire appel à un avocat. Aucun procès verbal ne lui sera remis, il ne signera aucune décharge, ni le papier du médecin stipulant qu’il n’a pas subi de violences policières. Mais son nom, son prénom, son adresse et son lieu de scolarité figureront sur les fichiers centralisés de la police algérienne.  

 

« Ils m’ont dit que mon avenir était foutu, grince, ironique, le jeune homme de vingt-deux ans. Mais de toute façon, c’est quoi la prochaine étape ? Plonger Bouteflika dans le formol et le regarder à travers son bocal ? Qu’ils le gardent, le pays, s’ils l’aiment comme ça. Moi je ne resterai pas. »


Comme la plupart des manifestants, Adel n’a pas été violenté au sein même du commissariat. Mais le message est clairement passé. À chaque rassemblement, le jeune homme repassera par la case prison. Car en dépit de la levée de l’état d’urgence en 2011, il reste formellement interdit aux Algériens de se réunir dans la capitale. Et face à l’importante présence policière, la stratégie de dispersion des manifestants, éparpillés le long de l’avenue Didouche Mourade, n’a pas suffi à déjouer le quadrillage des forces de l’ordre.


Les intimidations de l’État militaire n’ont pas épargné les journalistes locaux et étrangers, empêchés de couvrir l’événement ou jetés dans les camionnettes. Du côté des militants, les jeux de coude et autres coups de pied n’ont pas altéré leur détermination. Dans les fourgons, ils chantaient encore « Djazair Horra dimoukratia ! »

 

Par Alicia Bourabaâ| 7 mars 2014

Publié dans Algérie

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