A quoi joue l'Algérie avec les nouvelles autorités libyennes ? (Rue 89)

Publié le par revolution arabe

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La diplomatie des démentis et des mises au point. L'Algérie réfute catégoriquement l'information rapportée par l'agence Reuters, selon laquelle une source gouvernementale affirmerait que l'Algérie serait prête à reconnaître les rebelles libyens s'ils s'engagent à combattre l'Al Qaeda au Maghreb islamique (AQMI), a indiqué vendredi 26 août le porte-parole du ministère des Affaires étrangères.

Pourtant, le jour même, une source diplomatique algérienne affirme à El Khabar qu'Alger attend un engagement fort de la part du Conseil national de transition (CNT) sur les accords sécuritaires bilatéraux et multilatéraux sur la lutte antiterroriste.

Donc Alger dément Reuters. Dans une déclaration à l'agence de presse Algérie Presse Service, le porte-parole, M. Amar Belani, « a souligné qu'il réfute catégoriquement cette information qui est dénuée de tout fondement et qui ne représente pas la position et ne reflète pas les vues du gouvernement algérien sur les évènements récents intervenus en Libye. » Fin de la déclaration.

Jeudi 25 août, une source gouvernementale de haut rang affirmait à l'agence Reuters que l'Algérie refuse de reconnaitre le CNT si celui-ci ne s'engageait pas à lutter contre Al Qaeda au Maghreb islamique.

La source qui n'a pas été identifiée expliquait que :

« L'Algérie, alliée des Etats-Unis dans la lutte contre Al Qaeda, a des preuves que des militants libyens de mouvance terroriste qu'elle avait remis au gouvernement de Kadhafi sont maintenant en liberté en Libye et certains ont rejoint les insurgés. »

Qu'Alger balaie d'abord devant ses portes

Interrogé jeudi par la chaine Al Arabiya, le colonel Ahmed Omar Banni, porte-parole militaire des rebelles, a conseillé aux Algériens de balayer d'abord devant leurs portes. « Que l'Algérie s'occupe d'abord de combattre Al Qaeda avant de poser ses conditions aux Libyens », a-t-il déclaré dans la foulée de l'annonce.

Si le porte-parole du ministère des Affaires étrangères dément l'information de Reuters, il ne précise pas pour autant la position d'Alger sur la situation actuelle en Libye. L'Algérie va-t-elle reconnaitre le CNT ? Soutient-elle encore une solution négociée ? Attend-t-elle la mise en place du nouveau pouvoir à Tripoli ? Ou alors faudrait-il attendre un énième démenti du ministère pour éclairer l'opinion ?

Sources anonymes, sources identifiées

Vraie ou fausse, l'information de Reuters ne met pas moins en lumière la cacophonie de la diplomatie algérienne lorsqu'elle communique autour de la Libye. Depuis le début de l'insurrection des rebelles, plusieurs acteurs algériens interviennent dans les médias nationaux ou étrangers pour y apporter la voix de l'Algérie dans ce conflit.

Qu'elles soient identifiées ou anonymes, ces sources avancent souvent une chose et son contraire, contribuant ainsi à brouiller davantage l'image de la diplomatie algérienne, déjà sacrément polluée.

Si le ministère des Affaires étrangères a son porte-parole attitré, d'autres voix en revanche interviennent au nom de ce ministère ou du gouvernement pour délivrer des messages, des démentis, des mises au point déguisées. Bref, beaucoup de monde parle au nom de l'Algérie.

La procédé est somme toute normal aussi bien en diplomatie que d'autres domaines. Sauf que s'agissant de la Libye, les voix de la diplomatie algérienne sont aussi multiples que discordantes.

Et les exemples de cette diplomatie bancale foisonnent.

Exégèse sur la Libye

Mercredi 24 août, le quotidien l'Expression publie un article intitulé « L'Algérie a souffert du régime El Gueddafi ». Une « source autorisée du ministère des Affaires étrangères » non identifiée, s'y livrait à une véritable exégèse sur la situation en Libye, sur le CNT, sur le régime de Kadhafi, les armes en circulation etc.

Et la source conclut son exposé par une phrase qui ne manque pas d'humour :

« Tout ceci pour vous dire que l'Algérie s'exprimera sur la situation en Libye, lorsqu'elle le jugera approprié et en tenant dûment compte de l'ensemble des paramètres relatifs à une analyse minutieuse de la réalité sur le terrain et de toutes ses implications locales et régionales, car notre sécurité est liée au rétablissement de l'ordre et de la stabilité en Libye. »

Vous avez bien lu ! Une voix autorisée du ministère des Affaires étrangères s'exprime longuement dans un journal sur la situation en Libye mais elle précise « que l'Algérie s'exprimera sur la situation en Libye, lorsqu'elle le jugera approprié… »

Alors cette voix autorisée parlait-elle à titre personnel ou au nom du gouvernement algérien ?

El Khabar dit la même chose que Reuters

L'autre exemple est tout frais, tout chaud. Vendredi 26 août, le quotidien El Khabar publie un article en une intitulé « Les accusations adressées par le CNT à l'Algérie sur l'envoi de mercenaires ont dégradé les relations ». Que dit l'article ?

Une source diplomatique, toujours non identifiée, révèle au quotidien arabophone pourquoi Alger tarde à annoncer sa position officielle vis-à-vis du CNT : des considérations politiques et sécuritaires. Les Algériens, explique cette source en substance, n'ont pas encore digéré les accusations des rebelles libyens sur une présumée collusion entre le pouvoir algérien et le régime de Kadhafi. L'autre raison, dit-il, concerne les craintes d'Alger sur les armes qui pourraient tomber entre les mains d'Al Qaeda.

Et El Khabar de conclure ainsi :

« L'Algérie attend donc un engagement fort de la part du conseil de transition en ce qui concerne les accords sécuritaires bilatéraux et multilatéraux sur la lutte antiterroriste. »

N'est-ce pas ce que disait exactement la dépêche de Reuters à laquelle le porte-parole des Affaires étrangères apporte aujourd'hui un démenti catégorique ?



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