Action réussie des chômeurs à Ouargla malgré le climat anxiogène créé par le pouvoir algérien (ME)

Publié le par revolution arabe

 Répression-policière

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Écrit par Salim Rabia    Vendredi, 15 Mars 2013 08:50 

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La manifestation des chômeurs a bien eu lieu, jeudi à Ouargla.

 

Des milliers de personnes y ont participé pour réclamer le droit au travail, l’arrêt des poursuites judiciaires. Un succès malgré la dramatisation choisie par le gouvernement et ses relais accusant les initiateurs du mouvement des chômeurs d’obéir à des agendas extérieurs. Dans un pays indigné par le déferlement des affaires de corruption, ces « théories du complot» sont, presque, sans impact.

 

Ce n’était pas la « mleyounia » - la marche millionième comme l’Egypte en transition en a l’habitude – mais ils étaient, selon les sources concordantes, au moins 10.000 algériens à avoir répondu à l’appel du Comité national pour la défense des droits des chômeurs (CNDDC). Un vrai succès quand on prend en compte le contexte anxiogène qui a précédé la marche.

 

Le Premier ministre, Abdelmalek Sellal, dans un manque d’humour s’apparentant à de la panique, avait choisi de dramatiser l’appel à manifester du CNDDC en le présentant sous un jour menaçant et inquiétant. Il avait mis en cause une « chardima », mot faussement neutre pour désigner, sous une tonalité péjorative policière, un «groupuscule ».  Les partis du pouvoir ont entonné, à leur tour, le même discours alarmiste sur de présumées visées menaçantes des auteurs de l’appel à manifester. Pourtant, en annonçant des mesures d’urgence en matière d’emploi, le gouvernement admettait déjà que les revendications des jeunes chômeurs algériens n’étaient pas une invention d’une « officine » à l’étranger ou une manœuvre d’un parti politique d’opposition. Même la responsable du Parti des Travailleurs (PT) s’est laisser aller – c’est devenu une obsession !  -  à lancer des accusations de manipulation extérieure pour provoquer un « printemps… ».

 

Le fait que des députés du FFS aient pris langue avec les chômeurs et leur ont exprimé leur soutien a suscité également d’aberrantes explications par le complot. A l’instar de Wahid Bouadallah, ancien pdg de la CNEP et d’Air Algérie et député FLN, qui a  vu dans les protestations de "simples problèmes économiques et sociaux que l'on internationalise politiquement". Il a accusé nommément le FFS de "brouiller les cartes dans le sud" en utilisant son influence dans ces wilayas notamment à Ouargla et Gharadaïa. "Il y a, a-t-il affirmé, des parties étrangères qui veulent que l'Algérie entre dans "le marécage du chaos".

 

Dangereux retard de « mise à jour »

 

Ce discours alarmiste et hyper-patriotique sonne particulièrement creux dans une Algérie choquée par le flux d’informations sur le versement de pots-de-vin impliquant de hautes personnalités et qui suscitent un grand embarras au sein du régime. La quasi-criminalisation de l’action du Comité des chômeurs et son insertion dans un fumeux complot extérieur – l’usage de Facebook ? – est apparue pour de nombreux observateurs comme une tentative d’allumer des contrefeux.

 

Les révélations venues d’Italie ou du Canada confirment que la corruption est structurelle et systémique. C’est devenu une évidence qui rend caduc les discours répétitifs sur la « menace extérieure » et la « main de l’étranger ».  Le succès de la manifestation de Ouargla qui s’est déroulée dans le calme et dans une bonne organisation réduit à sa dimension purement propagandiste ces assertions de manipulations étrangères.

 

Ce sont des jeunes algériens qui ont usé d’un droit à l’expression, que le pouvoir algérien persiste à contester, pour exprimer des revendications reconnus « légitimes » même par les adeptes de la langue de bois conspirationniste. Ils l’ont fait avec mesure, sans excès, mais avec une détermination qui montre que le discours de l’intimidation « nationaliste » ne fonctionne plus ; et que la « mise à jour » au sein du pouvoir tarde dangereusement à se faire.  Quinze chômeurs seront jugés le 26 mars à Ouargla pour "attroupement non armé". A Laghouat, quatre chômeurs ont écope de deux mois de prison - dont un mois ferme - pour avoir manifesté l'Agence nationale pour l'emploi. C’est sans doute la raison qui pousse les jeunes chômeurs à ne pas baisser la garde. Jeudi soir, certains envisageaient de poursuivre le mouvement sous l’aspect d’un sit-in ouvert pour maintenir la pression sur le pouvoir.

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