Agiter l’épouvantail du Hamas pour justifier le massacre (AL Bruxelles)

Publié le par revolution arabe

 

Depuis le début de l’opération militaire "Bordure protectrice" lancée par l’armée israélienne le 8 juillet dernier, la plupart des médias dépeignent les événements comme un conflit opposant Israël et le Hamas.

 

Tsahal, l’armée de « défense » d’Israël, doit, selon ces derniers, annihiler toute capacité militaire du groupe "terroriste" et de ses alliés. Toutefois, durant ces 20 jours d’offensive aérienne, maritime et terrestre, c’est la population palestinienne qui paie un lourd tribut avec, en date du 27 juillet, 1 060 morts, plusieurs milliers de blessé-e-s et 170 000 personnes déplacées dans des camps de l’ONU, soit environ 10 % de la population de la bande de Gaza. Il est important de rappeler que les Gazaoui-e-s subissent une troisième opération militaire en 6 ans1. Sans pour autant soutenir le Hamas, il est possible de voir comment Israël s’en sert pour justifier ses attaques incessantes sur Gaza.


 

 

 

Après plusieurs décennies de colonisation, Israël n’a pas l’intention d’arrêter :


Depuis 1948, année nommée "Nakba" (catastrophe) par les Palestinien-ne-s, Israël continue la colonisation illégale de la Palestine et met sur pied un système d’apartheid restreignant les droits des différents palestiniens, restreignant et contrôlant l’accès aux villes et au logis de ceux et celles ayant obtenu la nationalité israélienne, retirant le droit de vote à la très forte majorité d’entre eux/elles, et confinant les zones encore sous contrôle palestinien, ces zones s’amenuisant toujours après des décennies au profit de l’État d’Israël qui s’est de cette façon approprié 78% du territoire des palestinie-ne-s, qui sont aujourd’hui confiné-e-s à des parcelles de terres en Cisjordanie et à une prison à ciel ouvert dans la bande de Gaza. Cette dernière subit un blocus depuis juin 2007 et son économie est sur le défibrillateur. Tous les passages commerciaux sont bloqués par Israël, ce qui eu comme résultat la fermeture de 90 % des usines Gazaouies, une très grande diminution de l’agriculture et la limitation de la pêche (les pêcheurs ne peuvent pas aller plus loin que 5 km à partir de la côte)2.


Et c’est sans compter les coupures en électricité et la pénurie de carburant qui engendrent des problèmes extrêmement grave comme la perturbation du bon fonctionnement des hôpitaux. Plus d’électricité et plus de carburant pour les génératrices… L’eau devient elle-aussi une denrée très rare. Comme si la situation n’était pas déjà assez dramatique, l’arrivée au pouvoir du général Al-Sissi en Égypte amena la destruction des tunnels où passaient des vivres et objets de toutes sortes, qui permettait de pallier un tant soit peu au blocus d’Israël. En conséquence, 45 % de la population de Gaza vit sous le seuil de la pauvreté et 80 % de son économie dépend de l’aide humanitaire.


Avec le blocus est venu la création d’une zone interdite de 1 km de large tout autour de la bande de Gaza. Tout-e Gazaoui-e s’en approchant risque sa vie puisque les soldats israéliens ont ordre de tirer à vue. Avec l’opération "Bordure protectrice" lancée il y à 20 jours, cette zone est passée à 3 km de large, enlevant une autre partie de territoire à la bande de Gaza qui rappelons le, ne fait que 45 km de long pour 12 km de large.


Devant une telle situation à Gaza, que demandent les "terroristes" du Hamas?


En gros, le Hamas demande trois choses afin d’accepter un cessez-le-feu permanent. La première est l’abolition totale du blocus mis en place par Israël à la suite de la prise du pouvoir du Hamas à Gaza en 2007. La seconde est l’élimination des obstacles visant la pêche et l’agriculture afin de permettre un relancement de l’économie gazaouie et finalement la libération par Israël de prisonniers du Hamas. Loin d’être impossible à réaliser, les deux premières demandes sont nécessaires pour la survie des Gazaoui-e-s qui qualifient eux/elles-mêmes leur situation de "mort lente" et "d’étranglement".


« Le Hamas utilise les enfants comme bouclier humain » :


Israël va très loin dans ses mensonges. Ses dirigeants vont jusqu’à dire que le Hamas emploie des enfants comme bouclier humain. Une telle ritournelle leur permet de mettre le massacre sur le dos d’une autre organisation qu’eux. En rejetant la faute sur le Hamas, ils justifient ainsi le nombre de civils morts. Si les dirigeants d’Israël acceptent que les décès de personnes innocentes ne sont pas le fruit d’une machination du Hamas mais bien de leur faute, puisque l’armée israélienne bombarde des usines, des hôpitaux, des maisons, etc. ce serait admettre qu’Israël viole la Convention de Genève et tout cela constituerait un crime contre l’humanité. (...)


Israël a même reconnu sur le bout des lèvres que le Hamas, dont il avait accusé du kidnapping de trois israéliens, n’était finalement pas l’auteur de l’enlèvement. Toutefois, il est primordial de rappeler que cet enlèvement justifia l’opération "Bordure protectrice". Le premier ministre israélien avait alors mentionné que :"Hamas est responsable et Hamas va payer".3 Depuis ce temps, les bombardements sur la bande de Gaza ne se sont pas arrêtés, fauchant les civils par centaines.


Ensuite, l’acceptation de trêves est une autre stratégie de justification de l’offensive militaire employée par Israël. En effet, l’État sioniste a le beau jeu en acceptant des trêves de quelques heures puisqu’il paraît comme celui qui veut mettre un terme à ce conflit et qui fait preuve de retenue et d’ouverture. Le ministre israélien des renseignements va même jusqu’à le dire explicitement : "Sur le plan diplomatique, en acceptant la trêve proposée par l’ONU, qui a été rejetée par le Hamas, nous avons obtenu une légitimité pour la poursuite de l’opération".4 Israël sait très bien que le Hamas ne va pas arrêter ses tirs puisque l’armée israélienne ne quitte même pas le territoire gazaoui pendant la trêve et ne donne aucun signe que l’offensive et le blocus vont avoir une fin. Fawzi Barhoum, porte-parole du Hamas à Gaza, fait bien comprendre ce point: "Aucune trêve humanitaire n’est valable sans retrait des chars israéliens de la bande de Gaza, sans que les habitants ne puissent retourner dans leurs maisons et que les ambulances transportant les corps soient libres de circuler à Gaza"5.


Qui est le vrai terroriste?


La colonisation de la Palestine dure depuis 1947. Il est donc normal que des groupes de résistance voient le jour. Le Hamas en est un. Israël le qualifie de terroriste et souhaite plus que tout sa destruction. À travers des années de misère, de bombardements, de pénuries, d’assimilation et de ségrégation, l’État d’Israël ne doit pas s’attendre à autre chose qu’une radicalisation des mouvements de résistance contre lui. Le Hamas est donc une résultante de la politique de colonisation d’Israël. Depuis le début de "Bordure protectrice", Israël justifie tout en rejetant la faute au Hamas. Toutefois, il faut se poser la question à savoir qui est le terroriste entre l’État sioniste qui a à ce jour tué plus de 1 000 personnes dont 90 % de civils ou encore le Hamas avec environ 46 morts dont 43 militaires de la Tsahal. C’est sans compter la politique d’apartheid que mène Israël en Cisjordanie et la construction du mur de la honte (jugée illégale par la Cour internationale de justice en juillet 2004).

 

Notes:

 

1. Opération Plomb durci (2008-2009) : 1314 Palestinien-ne-s mort-e-s en 21 jours. Opération Pilier de défense (novembre 2012) : 163 mort-e-s en 8 jours. Source : http://ici.radio-canada.ca/nouvelles/International/2014/07/22/010-operation-plomb-durci-pilier-defense-bordure-protectrice-israel-gaza-guerre.shtml
2. En 2010, seulement 40 produits pouvaient passer la frontière entre la bande de Gaza et Israel contre 4 000 avant le blocus.

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