Algérie, arrestations massives des anti-Bouteflika (ci)

Publié le par revolution arabe

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Des militants affiliés au mouvement Barakat ("Ça suffit") sont descendus dans la rue ce 6 mars pour dénoncer la candidature d'Abdelaziz Bouteflika. Les forces de l'ordre étaient au rendez-vous. Reportage d'Algérie-Focus.

 

Une atmosphère printanière gâchée par une forte pression policière. Dès les premières heures de la matinée, les camions de polices des forces antiémeute ont envahi la place Audin et la rue Didouche Mourad, la plus importante artère de la capitale algérienne. Des camions de police stationnés devant la porte d'entrée de la faculté centrale et la grande poste donnent le ton et installent un climat sécuritaire très tendu.


Des centaines d'agents en uniforme, un nombre imprécis d'agents des renseignements généraux (RG) en civil dissimulés parmi la foule de passants... le dispositif sécuritaire déployé en dit long sur les intentions des autorités algériennes. Allergiques au moindre rassemblement, ces autorités ont donné un ordre simple, clair et net : interpeller et embarquer toute personne qui ose crier : "Non au quatrième mandat ! Non au général Toufik !" [le général Mohamed Médiène, 74 ans, est le tout-puissant chef du département du renseignement et de la sécurité (DRS)].


L'agressivité est au rendez-vous


Et à 11 heures, lorsque les premiers manifestants et membres du mouvement Barakat font irruption devant la faculté centrale, les policiers interviennent rapidement et violemment. Pas de place à la négociation. Le premier camion de police est mobilisé. Une première arrestation, une deuxième, une troisième et ainsi va la vie. La répression routinière est de retour. Les pancartes sont violemment détruites. Les affiches, arrachées. Aucun symbole d'une quelconque contestation pacifique n'est accepté.


Face à la résistance des manifestants, certains policiers perdent leur sang-froid et donnent des claques et des coups. "Yawahed ettahane ('Espèce de salaud'), viens avec moi et montre ton courage", s'écrie un policier face à un jeune manifestant étouffé et encerclé par trois autres policiers.  Le public qui assiste à ces scènes est choqué et indigné. Les passants sortent de leur réserve et s'interposent. Un jeune homme  d'une vingtaine d'années habillé en survêtement dénonce ce comportement violent et fait la remarque à un policier. Un accrochage éclate et des policiers s'en prennent à lui.


Pour calmer les ardeurs des policiers et éviter le moindre dérapage, leurs supérieurs hiérarchiques interviennent sur le terrain et contrôlent les arrestations. Ils donnent des ordres et observent le moindre mouvement. Ce jeudi-là, les policières ont été particulièrement actives. Derrière leurs longues chevelures, leurs lèvres vermeilles et leurs corps bien sculptés, se cachent de véritables tigresses. L'agressivité est au rendez-vous et quelques journalistes femmes en ont fait les frais.


"Nous sommes des citoyens"


A 12 heures, on comptait déjà plus d'une quarantaine d'arrestations. Maintenant, au tour des passants. A chaque témoignage accordé aux télévisions nationales indépendantes, ces citoyens sont interpellés et conduits aux camions de police. "Circulez, circulez, on ne veut voir personne !" hurlent les policiers aux journalistes, passants, badauds. "Nous ne sommes pas des terroristes. Nous sommes des citoyens", répond une jeune femme enveloppée dans un drapeau algérien. Elle ne fut pas inquiétée parce que les policières ont reçu l'ordre d'embarquer Hadda Hazem, directrice du quotidien arabophone El Fedjr, qui est venue manifester sa solidarité avec les membres du mouvement Barakat, initiateurs de ce rassemblement contre le quatrième mandat de Bouteflika et le totalitarisme du régime algérien.


Un totalitarisme que condamnent aussi les policiers en civil et agents des RG ! "Vous croyez quoi ? Nous sommes des Algériens comme vous. Wellah, nous sommes d'accord avec la démocratie, l'ouverture et la fin de la corruption. Mais que voulez-vous qu'on fasse. On a reçu des ordres stricts. Nous faisons notre travail. Allah Ghaleb ! [C'est Allah qui veut, on n'y peut rien]", nous confient trois d'entre eux dépités et désappointés.


A 12 h 30, le nombre des arrestations a dépassé la cinquantaine. Les policiers dispersent les derniers récalcitrants et tentent d'expliquer clairement les enjeux de l'"ordre public" à certains jeunes qui continuent à crier : "Barakat ! Barakat !

 

Algérie-Focus Abdou Semmar 6 mars 2014

 

http://www.courrierinternational.com/article/2014/03/06/arrestations-massives-des-anti-bouteflika

Publié dans Algérie

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