Algérie : l’action des non-jeûneurs du 3 août (Essf)

Publié le par revolution arabe

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 Photo:  Kabylie années 80

  

Quand Samir Bouakouir, cadre dirigeant du FFS, ne voit dans la manif des non-jeûneur du 3 août à Tizi Ouzou et à Aokas (Bejaia) que « provocation » et une manipulation du « système » de « quelques écervelées » à des fins « non avoués », il me rappelle bizarrement le discours et le ton avec les quels d’autres dirigeants du système ont traité la sortie « berbériste » d’avril 1980. Elle servait, disait-on, les intérêts des ennemis de la nation intérieurs et extérieurs, d’autant plus que se passait en « Kabylie » !

 

D’autres ne regardent cette manifestation qu’à travers les caméras manipulatrices de France 24 et les gesticulations de Paris et de Londres! Ils évacuent l’importance et le sens que peut provoquer le fait lui-même dans la société. Car manipulation il y a ! Comme en Egypte par exemple ou en Tunisie.

 

Dire que Eldjareera, au service des Américain par Qatar interposé, ne manipule pas, c’est rester dans la cécité intel- lectuelle ! Dire que les sionistes israéliens restent les bras croisés à observer une révolution le long de leur frontière relève de la naïveté politique… Mais voir des mobilisations historique et la dynamique que cela engendre qu’a travers le trou du c… des manipulateurs, c’est prendre les Egyptiens et les Tunisiens pour des imbéciles et ceux qui tentent de trouver des voies révolutionnaires de sortie de crise pour des C….ou des romantiques révolutionnaires.

 

L’autre question pour semer le doute sur le bien fondé de cette manifestation est : pourquoi Tizi Ouzou ?

 

Dans la logique de la manip, c’est pour singulariser une région ! Mais dans ce cas il faut dire aussi pourquoi seul Kateb Yacine a eu à assumer son athéisme de tous les écrivains algériens connus ? Et pourquoi c’est Maatoub qui d’une manière ostentatoire proclame un « Je ne suis arabe et je ne suis pas obligé d‘être musulman », reprenant ce que le chanteur Idir glissait entre les notes d’une de ses chansons : « Nous ne sommes pas des arabes et l’islam à qui le désire !! », « nekwni mancthi d aaraben, tinslemt i win it y ebghan ». Le « nous ne sommes pas des arabes » n’a plus la même connotation… vous l’avez remarqué ? Mais « …pas obligés d’être musulman » titille encore les oreilles des inquisiteurs.

 

Le Wali et les autorités ont eu l’intelligence de ne pas envoyer la police comme en 80…

 

Ce n’est pas seulement par calcul politique ou tactique. C’est aussi, et c’est ce qu’il faut retenir, parce qu’entre temps les moeurs et la culture politique ont évolué. Les Algériens ont imposé dans la douleur un certains nombre de libertés individuelles qu’on appelle tolérance, ou tout bonnement, des pratiques démocratiques. Car les changements, aussi révolutionnaires soient-il, obéissent aussi à de lents processus, notamment au niveau des pratiques culturelles.

 

Prenons les cas de 1962 ! Si des changements sur le plan politique et économique ont changé le paysage algérien dès les premières années d’indépendance, il a fallu longtemps pour voir l’évolution des mœurs. La mixité dans les espaces publics, dans les écoles et dans les bus, a pris longtemps pour se généraliser. Les femmes qui passent « naturellement et évidement » leur permis de conduire, voyager seule, habiter seule sont des mœurs récentes. Ce long processus n’est pas sans embuches. Il a heurté des obstacles… On les connait ces obstacles…

 

Mais le long processus d’émancipation des Algériens n’est jamais entamé.

 

Aujourd’hui Tizi Ouzou et Aokas (Bejaia) marquent un moment et un petit saut qualitatif de ce long processus. Des gens ont dit tout haut ce que beaucoup d’autres font tout bas au delà des calculs des uns et la schizophrénie des autres.


DJERMOUNE Nadir  3 août 2013

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