Algérie : un pouvoir en survie

Publié le par revolution arabe

bouteflika

 

Le 22 février, Abdelaziz Bouteflika, l’actuel président algérien, a déposé sa candidature pour l’élection présidentielle du 17 avril prochain.

 

D’après son Premier ministre, Abdelmalek Sellal, il agit « en réponse à la demande pressante des citoyens et citoyennes de tout le pays » à moins que ce ne soit la lente agonie du régime...


Après 3 quinquennats, donc 15 ans de pouvoir, Bouteflika tente de contenir la crise alors que le pays est au bord de l’explosion. Âgé de 76 ans, victime récemment d’un AVC, il multiplie les séjours à l’hôpital après son retour de France où il était soigné. Les bulletins de santé officiels veulent rassurer l’opinion, mais ils ont bien du mal à donner le change. Le « Bonaparte » n’a pas d’autre issue que d’imposer sa candidature, celle d’un vieil homme tout aussi affaibli que son régime...


Consensus libéral
C’est là le résultat de sa propre politique comme l’écrivait dans une déclaration, le 14 février, nos camarades du PST (Parti socialiste des travailleurs) : « La « monarchisation » absolue du régime par Bouteflika a fini par créer un vide au sein du pouvoir et éliminer l’hypothèse d’une possible succession en douce. […] L’évolution de cette crise, qui pourrait s’aggraver, élimine aussi l’illusion d’une auto réforme du régime. […] Le cap économique plus libéral insufflé par Sellal, visant à affaiblir le secteur public en vue de son absorption par un secteur privé prédateur local et étranger, traduit l’évolution du centre de décision du régime qui s’est déplacé de l’armée vers le monde des affaires durant la dernière décennie. Les louanges prodiguées par le patronat en direction des mesures économiques de Sellal et les satisfecit délivrés par les puissances impérialistes confortent cette évolution. »


En se présentant pour un quatrième mandat, Bouteflika espère maîtriser la « guerre » ouverte entre deux factions pour le contrôle du pouvoir et la redistribution des positions économiques et financières. En réalité, pro et anti-Bouteflika sont d’accord sur l’essentiel : la promotion du secteur privé et du patronat au détriment du secteur public. Ils sont d’accord sur le processus de libéralisation de l’économie, sur le maintien de l’accord inique d’association avec l’Union européenne et sur l’adhésion désastreuse à l’OMC.


« Une mascarade »
« Cette situation de pourrissement au sein du régime, écrit le PST, renseigne sur l’absence d’une alternative politique indépendante capable d’imposer le changement et satisfaire les aspirations démocratiques et sociales des masses populaires de notre pays. [...]Pourtant, les mobilisations permanentes des masses populaires à travers les grèves des travailleurs et les luttes syndicales pour l’amélioration du pouvoir d’achat et la défense du secteur public, les luttes des chômeurs et des travailleurs précaires pour l’emploi, les mobilisations locales quotidiennes des citoyens pour l’amélioration des conditions de vie, ne se comptent plus. »


Le 28 février dernier, après l’annonce de la candidature de Bouteflika, le PST écrivait : «  Mais il n’y a pas d’alternative au peuple ! Les luttes sociales quotidiennes des travailleurs, des chômeurs, des femmes et des jeunes sont bien là. Elles expriment le rejet de l’autoritarisme qui limite nos libertés, fraude les élections et réprime nos revendications. Elles s’opposent au libéralisme économique qui a engendré le désastre social, le chômage et la précarité. Elles résistent contre la privatisation rampante de l’économie, de la santé et de l’éducation. Elles refusent la mainmise des puissances étrangères sur nos richesses et notre souveraineté. »


Le PST ne participera pas à « cette mascarade » de l’élection présidentielle. Pour lui, c’est bien un bouleversement démocratique qui est à l’ordre du jour, « l’élection d’une assemblée constituante représentative des travailleurs, des chômeurs, des femmes et de tous les opprimés. Une assemblée constituante qui inscrira dans une nouvelle constitution les aspirations démocratiques et sociales de la majorité des Algériens et des Algériennes et consacrera la souveraineté populaire. »


Yvan Lemaitre
Hebdo L'Anticapitaliste - 232 (06/03/2014)

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