«C’est une seconde révolution» (Le Courrier.ch)

Publié le par revolution arabe

«C’est une seconde révolution» (Le Courrier.ch) dans International rebel

EGYPTE Les événements se sont encore accélérés, hier, avec l’installation d’un nouveau président. Témoignage du chef du mouvement Tamarod, qui a fait tomber le régime Morsi. En Egypte, Mahmoud Badr est un «batal», (héros en arabe). Le jeune journaliste de 28 ans est le chef du mouvement Tamarod (rébellion en arabe) qui a mobilisé une nouvelle fois la rue égyptienne et provoqué la chute du président Mohammed Morsi après une année de règne des Frères musulmans. Avec ses cinq copains, Mahmoud Badr a rédigé une pétition intitulée «Tamarod», qui énumère les échecs de Mohammed Morsi et qui exige une élection présidentielle anticipée. En quelques semaines, l’appel connaît un immense succès et 22 millions de signatures sont récoltées. Tamarod appelait à manifester dimanche dernier. En trois jours, le régime de l’islamiste Morsi vacille. L’armée finit par démettre le président issu des Frères musulmans et organise la transition. Entretien.


Vous êtes rentré dans l’histoire: votre mouvement a réussi à destituer un président élu. Pensiez-vous réussir ­votre coup si facilement?

Mahmoud Badr: C’est incroyable! Nous avons réussi à chasser du pouvoir Morsi et la confrérie des Frères musulmans. En une année de pouvoir, les «Ikhwan» (les Frères) nous ont tellement méprisés, ignorés et marginalisés que nous étions finalement des millions d’Egyptiens dans la rue à réclamer leur départ immédiat. Au final, nous sommes des millions à mettre fin au règne des Frères musulmans, qui ont volé notre révolution et qui ont divisé l’Egypte. La rue a gagné une première manche. Mais il ne faut pas baisser les bras. Le pire est à venir.


En fait, s’agit-il d’un coup d’Etat militaire ou d’une deuxième révolution?
Il n’y a aucune ambiguïté sur la situation que vit l’Egypte aujourd’hui. C’est une seconde révolution populaire. Ce n’est pas un coup d’Etat militaire. C’est un coup de la rue, qui après avoir chassé Moubarak, a mis fin au mandat de Morsi, un président incompétent qui a plongé le pays dans le chaos. Il a imposé une Constitution taillée sur mesure pour sa confrérie. Il a également mené une opération d’«ikhwanisation» des institutions de l’Etat. Il a aussi tenté de mettre la main sur l’appareil judiciaire et restreindre les libertés. Il y a eu quatre fois plus de plaintes contre des journalistes pour «insulte au président» lors des 200 premiers jours de Morsi que pendant les 30 ans de Moubarak. Il est normal que l’armée intervienne pour sauver l’Etat de droit, appuyer les revendications du peuple et repousser l’islamisation radicale du pays.


Qu’attendez-vous de la nouvelle période de transition?
Les Egyptiens veulent des élections présidentielles et législatives et une Constitution au service du peuple et non pas des intégristes qui fonctionnent comme une secte. L’armée a remis le pouvoir politique dans les mains du président du Conseil constitutionnel, Adly Mansour, un civil, jusqu’à la tenue d’une présidentielle anticipée. Il faudrait aussi que les partis politiques se parlent et ne cherchent plus l’appui des militaires ou de la police. L’armée n’a aucun rôle politique à jouer. Elle doit assurer l’unité et la sécurité du pays.


Quel rôle demain pour les Frères ­musulmans?
Il ne faut surtout pas les exclure de la vie politique. Moi, j’ai voté Morsi avant de me rendre compte qu’il a trahi et s’est coupé du peuple et de la révolution. Reste que les Frères musulmans sont l’unique parti politique organisé. Mais ils ont montré qu’ils ne respectent pas l’Etat, ni la diversité de la société. J’ai peur qu’ils n’optent pour la rébellion armée et enfoncent le pays dans la guerre civile. Pour le moment, les Frères occupent les rues et nous jettent des regards menaçants. Nous voulons une Egypte pour tous, non pas un régime d’exclusion comme a voulu l’imposer Morsi.


C’est un peu la chasse aux sorcières?
L’armée a arrêté le président Morsi et ses cadres de la confrérie après qu’ils ont appelé à la résistance. Plus de 35 chaînes de TV en main des Frères musulmans ont été fermées. Elles ont incité à la haine et à la violence. Depuis des mois, les médias des islamistes poussent les gens à punir les chrétiens égyptiens, accusés de comploter contre le pays. Reste que les risques de chasse aux sorcières sont énormes. Il faut absolument que la rue ne cible pas les femmes voilées ni les barbus. Tout barbu n’est pas un islamiste ni un Ikhwan.


C’est bizarre que la rue s’allie avec les militaires pour chasser un président élu alors que vous avez toujours ­dénoncé l’armée qui veut gouverner le pays…
J’ai été présent à la réunion qui a mis fin au régime de Morsi. J’ai dit au général Abdel Fattah al-Sissi que sa mission est de restaurer l’image et le pouvoir de l’armée. Elle doit rester neutre et garantir la stabilité du pays. On ne veut pas que les militaires fassent de la politique. Aujourd’hui, il faut sauver le pays de la faillite. Morsi laisse un peuple de pauvres et une économie en ruine. Le taux de chômage est à 25% et 35% de la population vit en dessous du seuil de pauvreté. Les milliards des pays du Golfe, qui soutiennent les islamistes, ne sont jamais arrivés dans les mains du peuple.


Que pensez-vous d’Obama qui se dit inquiet pour l’Egypte?
L’Administration américaine et les pays occidentaux ont soutenu pendant 40 ans la dictature de Moubarak et pendant un an les dérives autoritaires des Frères musulmans. Et aujourd’hui, Obama veut nous donner des leçons de démocratie lui qui a parié jusqu’à la dernière minute sur Morsi, lâché même par le plus ignorant des Egyptiens. Il faut que les pays occidentaux revoient leur manière archaïque d’analyser le monde arabe. Ça devient gênant.


VENDREDI 05 JUILLET 2013 Sid Ahmed Hammouche

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