Égypte, 1er mars 2014, les grèves en cours (jc)

Publié le par revolution arabe

 

 

 

Les travailleurs des transports publics du Caire ont suspendu hier leur grève après 5 jours après que le nouveau premier ministre ait promis de les rencontrer.

 

Ils l'ont suspendue aussi parce que l'armée a affrété 1200 bus privés et mis les bus militaires au service de la population pour briser leur grève. L'armée a accompagné son action d'une campagne de charme auprès de la population ; l'armée à votre service avec photos montrant de gentils soldats souriant aidant des personnes âgées à monter dans les bus.


Mais le même jour, les salariés des minibus de Mansoura entraient en grève pour le salaire minimum. On notait également pour le salaire minimum de nouvelles grèves des salariés de l'hygiène à Banha. Par ailleurs les employés postaux bloquaient toujours le siège central de la Poste en même temps que leur grève s'étend peu à peu au reste du pays ; après le Caire Nord et Sud, s'ajoutaient Monoufa, Kafr el Sheikh, 6 octobre, Assiout, Beni Souef et Qalubia.


Dans les services de santé, témoignant de la montée du mouvement dans ce secteur, après leur journée de grève du 26 février suivie à 87%, les médecins et pharmaciens de Zagazig ont décidé en assemblée générale de poursuivre leur mouvement jusqu'à la nouvelle journée nationale du 8 mars qui devrait marquer le début d'une grève nationale illimitée des médecins, pharmaciens, dentistes et vétérinaires. De leur côté, les infirmières qui n'étaient pas encore entrées dans la lutte, ont commencé un mouvement à l'hôpital central Sidi Salem de Kafr el Sheikh pour une augmentation de leurs bonus de 40%.


Avec la rentrée universitaire le 8 mars, qui avait été repoussée d'un mois par crainte d'une reprise de l'agitation importante dans le milieu étudiant, des appels parmi les étudiants et enseignants commencent à se faire entendre pour manifester contre le droit de la police de rentrer dans les universités qui leur a été accordée il y a peu. L'Union des étudiants d'Ain Shams, comme le président lui-même de l'université du Caire ou encore les étudiants de l'université d’ingénierie du Caire ont d'ores et déjà lancé de tels appels.


De son côté, l'agence Turkish Press signalait pour sa part que quelques douzaines seulement de supporters de Sissi ont manifesté pour dénoncer les grèves aux cris de « les grévistes sont des traitres » mais aussi pour demander à Sissi de se présenter aux élections présidentielles, car la presse se fait de plus en plus l'écho de doutes quand à sa candidature dans un tel climat de mécontentement et après l'échec de son plébiscite en janvier.


Bien sûr, le mouvement des salariés pour le salaire minimum à 1200 LE ne touche qu'une minorité pour le moment que le gouvernement présente comme des privilégiés ; 4,9 millions de fonctionnaires y ont droit et ceux qui luttent actuellement se recrutent surtout parmi les 2,1 millions de salariés des secteurs publics autres, notamment de l'industrie d’État, qui sont exclus de la mesure de hausse du salaire minimum mais qui en général, même s'ils ne gagnent souvent que 4 ou 500 LE par mois, sont moins défavorisés que d'autres.

 

L'immense majorité des 27 millions de travailleurs d’Égypte, vit bien en dessous de ce niveau de salaire, souvent au jour le jour, et n'a le plus souvent aucun droit et aucune protection sociale. Cependant l'exemple de la lutte et contagieux et personne ne sait ce qu'il reste dans les mémoires des classes populaires des formidables luttes sociales des mois des mars, avril, mai et juin 2013 qui ont atteint des sommets historiques mondiaux en entraînant des millions de personnes dans la lutte.


Les mouvements sociaux actuels ne touchent qu'une minorité et sont surtout un avertissement de ce qui vient car ils témoignent du fait que la patience populaire a atteint ses limites quand aux promesses de Sissi. C'est par exemple ce que témoignent les salariés des transports du Caire dans la vidéo ci-jointe.

 

Leur patience est à bout. C'est pourquoi les autorités ont lâché le premier ministre en début de semaine comme concession pour tenter de calmer la colère populaire. Et c'est pourquoi le maréchal Sissi, inquiet, hésite à annoncer sa candidature. Car il n'y a pas que les salariés. Les coupures d'électricité plus nombreuses que d'habitude en cette saison et la pénurie de bouteilles de gaz, sont en train à nouveau de susciter l'irritation des familles dans les quartiers.

On ne sait pas quand aura lieu la nouvelle explosion sociale, mais ce qu'il y a de sûr, c'est qu'elle aura lieu, et que les mouvements actuels en sont les coups de semonce.

 

Jacques Chastaing

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