Égypte, 2 mars 2014 : les travailleurs en lutte s'unissent et défient le nouveau gouvernement (jc)

Publié le par revolution arabe

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Le dimanche 2 mars, dans sa première déclaration, le nouveau premier ministre égyptien a lancé un appel à cesser les grèves et à travailler plus pour sauver l'économie égyptienne.

Le même jour, les travailleurs en grève de 9 compagnies industrielles, les représentants de la grève des médecins et de la poste, ainsi que des représentants des syndicats indépendants de l'aviation civile et des chemins de fer lui ont répondu dans une conférence de presse commune pour déclarer que dorénavant ils unifieraient leurs luttes et leurs forces afin d'obtenir :
  • le salaire minimum que le gouvernement avait promis mais pas tenu

  • le retour des compagnies privatisées au secteur public

  • le limogeage de tous les éléments corrompus de leurs secteurs respectifs

  • de meilleurs conditions de travail et de salaires pour tous les secteurs, santé, poste, aviation, chemins de fer, compagnies privées...

 Ils ont enfin dénoncé le nouveau gouvernement comme un cabinet de guerre contre les travailleurs, composé essentiellement d'anciens du PND, le parti de Moubarak.  Ils ont déclaré que jusqu'à présent, ils avaient tous mené des luttes et des grèves, même nationales, mais isolément et avaient tous perdu. Ils avaient donc dorénavant décidé d'unir leurs luttes. Les médecins ont fait une déclaration spécifique disant que pour leur part, ils avaient toujours mené leurs luttes de leur côté, séparés de ce qui se faisait ailleurs, mais que maintenant ils avaient décidé de se battre avec les autres.  Par ailleurs, samedi, avec l'union des étudiants de l'université d'Ain Shams, les unions des étudiants des universités de Menoufya et de Benha associés aux étudiants du Parti Constitutionnel, ceux du parti des Égyptiens Libres et du parti de l’Égypte Forte (partis centristes, libéraux et islamistes scissionnistes des Frères Musulmans) ont tenu une conférence de presse dans laquelle ils ont menacé le nouveau gouvernement d'une escalade de la mobilisation à partir du 8 mars – le jour de la rentrée universitaire et du début de la grève illimitée des professions de santé - si le gouvernement autorisait les forces de police à rentrer dans les universités comme un décret vient de les y autoriser.  De leur côté, les étudiants des Frères Musulmans ont déclaré qu'ils se mobiliseraient moins dorénavant que les 7 mois passés, pendant que les dirigeants des Frères Musulmans tentent de renouer contact avec le nouveau gouvernement.  Samedi également, le gouvernement a annoncé qu'il accordait satisfaction aux revendications des salariés des transports publics du Caire (bus). Il leur donnait un bonus spécial immédiat mensuel de 200 LE (leur salaire mensuel est souvent de 400 à 600 LE) et promettait qu'ils auraient droit dans un délai cours au salaire minimum de 1200 LE. Le gouvernement avait annoncé la reprise du travail des employés des transports jeudi soir, alors que plusieurs garages de bus continuaient en fait la lutte et avaient exigé les 200 LE mensuelles et l'engagement sur le salaire minimum sinon ils ne reprendraient jamais. C'est donc la troisième fois dans la semaine que le gouvernement cède – au moins en parole, on verra pour les actes – aux exigences de salaire minimum, aux ouvriers du textile, aux ouvriers de la compagnie du Nil des ponts et routes et maintenant aux salariés des transports publics du Caire.  Ce qui ne va peut-être pas calmer les grèves, puisqu'il semblerait que les employés des compagnies immobilières soient entrés en grève à leur tour.  Sinon, signe du nouvel état d'esprit, après les supporters de foot Ultras d'Al-Ahly il y a quelques jours, ceux des Chevaliers Blancs de Zamalek ont repris leurs affrontements face aux forces de police ce samedi, à l'issue desquels ils ont déclaré que « le ministère de l'intérieur prétendait tourner une nouvelle page, mais qu'en fait elle est toujours tâchée du sang des martyrs, de dizaines d'emprisonnés et des larmes des mères » et qu'ils n'auront de cesse de lutter tant que « la justice, la dignité, et les droits humains » ne seraient pas respectés dans le pays.  Enfin, sans qu'on ne sache trop pourquoi, il y a eu des affrontements avec tirs de grandes lacrymogènes ce dimanche 2 mars dans le quartier d'Imbaba au Caire entre... les forces armées et celles de la police.  Et peut-être pour redorer son image, l'armée égyptienne a déclaré qu'elle  avait trouvé le remède du sida. Ce qui fait beaucoup rire. 

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