Egypte, 5 mars 2014: les grèves continuent de plus belle (jc)

Publié le par revolution arabe

 

 

Vidéo de l'arrivée du nouveau premier ministre Ibrahim Mehleb le 5 mars à l'usine textile de Mahalla el Kubra reçu par des travailleurs de l'usine avec banderoles et slogans exigeant une hausse des salaires.



Après le déclenchement le 10 février d'un vaste mouvement de grèves pour exiger l'élargissement du salaire minimum de 1200 LE (environ 140 euros) promis aux fonctionnaires, à toutes les catégories de la fonction publique, le mouvement continue et s'est étendu à bien d'autres catégories et d'autres revendications.

 

Ainsi malgré les promesses du gouvernement de satisfaire cette revendication d'élargissement du salaire minimum auprès des ouvriers des compagnies textiles d’État, des transports public (bus) du Caire, des ouvriers des ponts et routes, malgré la chute du gouvernement Beblawi pour calmer la colère populaire et malgré les demandes du nouveau premier ministre de lui laisser 3 mois sans grèves pour relancer l’activité économique du pays et que les élections présidentielles et législatives puissent avoir lieu dans le calme, malgré sa visite aux ouvriers du complexe textile de Mahalla el Kubra pour tenter de les calmer, ces grèves continuent de plus belle.


Ainsi, après les comptes rendus des grèves les 2et 3 mars, on estimait le 5 mars, au dixième jour de grève des employés des postes,  que 80% des postiers étaient en grève pour le salaire minimum, le droit d'organiser un syndicat indépendant et le limogeage de tous les dirigeants. A Gharbiya, les employés postaux occupent même les bureaux avec leurs femmes et enfants.

 

Les postiers de Kafr el Sheikh menacent de fermer absolument tous les bureaux de postes du gouvernorat, des villes au plus petit village s'il ne leur ait pas donné satisfaction. A Minia et Qena, les employés des différents bureaux de poste des gouvernorats se sont rassemblés pour une manifestation centrale en ville. Le siège central de la Poste au Caire est bloqué depuis deux semaines par un sit-in devant ses portes avec des manifestations régulières aux cris de « dégage », « dégage » pour la direction, qui rappellent ceux criés à l'encontre de Moubarak ou Morsi. La direction a proposé pour le moment une augmentation de 200 à 250 LE/mois, mais les postiers ont rejeté cela. Ils veulent 1200 LE alors qu'ils en gagnent pour la plupart entre 400 et 600 LE.


Également à la date du 5 mars, les employés du ministère de l'agriculture pour la réforme agraire à Louxor, qui gagnent de 300 à 450 LE avec un maximum de 750 LE pour 23 ans d'ancienneté, en étaient au 4ème jour de grève pour le salaire minimum. De même les salariés de l'irrigation à Kafr el Sheikh en étaient à leur troisième semaine de grève pendant que ceux chargés de la gestion des semences du ministère de l'agriculture aussi à Kafr el Sheikh entamaient leur 8ème jour de grève alors que la direction ne leur avait proposé jusque là qu'une augmentation de 80 LE. Ceux de la société égyptienne de navigation d'Alexandrie en étaient à leur 5ème jour de grève pour le salaire minimum, l'augmentation des bonus, le droit à des assurances sociales.


Le 5 mars toujours, les travailleurs chargés de l'entretien des routes à Mahallah et Kafr el Zayat entraient en grève pour le salaire minimum et le limogeage de leurs dirigeants. Les agents de nettoyage à Assouan faisaient de même. Les ouvriers de la chimie de Kima à Assouan également en étaient à leur 8ème jour de grève pour les deux mêmes revendications.Les travailleurs temporaires de l'hôpital central de Kom Ombo se sont mis en grève ce même jour pour le paiement des bonus en retard de même que les salariés de l'usine textile de Shebin al Kom à Menoufiya. Ceux de l'usine de céramique Cleopatra continuent leur grève commencée il y a 6 jours pour la hausse des salaires, des assurances convenables mais aussi la réintégration des militants syndicaux licenciés. Reprise de la grève à l'entreprise métallurgique « fer et acier ».


Le 5 mars encore, début de la grève  des salariés de « l'association des entreprises » de Nouvelle Vallée pour la hausse des salaires, déclarant qu'ils sont loin des 1200 LE, ne gagnant que 650 LE par mois. Les personnels ouvriers, administratifs de l'université d'Alexandrie organisaient un débrayage le 5 mars pour les salaires, les conditions de travail avertissant qu'ils se mettraient en grève totale le 9 mars, le jour de la réouverture de l'université pour le second semestre. Les infirmiers et personnels ouvriers et administratifs de l'hôpital de Tanta mettaient fin à leur grève après que l'administration leur ait promis les salaire minimum à 1200 LE, tandis qu'il semblerait que l'autorité des transports au Caire ait accepté de payer les jours de grève des agents qui avaient déjà obtenu la promesse du salaire à 1200 LE.

 

Les agents administratifs de la police d'Alexandrie sont aussi en grève comme les employés de Cargill à Borg el Arab en lutte depuis 55 jours contre les violences qui leur sont faites. On voit également des grèves de la faim de salariés isolés, dans l'agriculture ou l'électricité dénonçant les retraits de salaire pour maladie professionnelle ou des conditions de travail désastreuses. Les enseignants de maternelle manifestaient eux à Damiette tandis que des enseignants d'Ismaïlia se mettaient en colère pour retard de paiement de leurs salaires et que dans la même ville, des habitants de quartiers protestaient contre les coupures de courant. Des enseignants au chômage brûlaient eu public au Caire leurs diplômes universitaires parce qu'ils ne leur servent à rien pour trouver du travail.


Du côté des étudiants, alors que la rentrée pour le second semestre est prévue le 8 mars (mais qu'elle a déjà été repoussée au 16 mars à l'université Al Azhar), et que de plus en plus d'unions d'étudiants ont averti qu'elles se mobiliseraient contre l'autorisation de la police à rentrer dans les université. Ce 5 mars, ceux de l'académie arabe des sciences et de technologie d'Alexandrie ont déjà manifesté tout comme ceux des sciences à Zagazig.

 

Bref dans les secteurs publics de la Poste, du textile, des transports, des routes et ponts, de la navigation, de la métallurgie, de l'administration agricole, du commerce, les grèves pour le salaire minimum et le limogeage des dirigeants continuent de plus belle pendant que se profile le mouvement des étudiants le 8 mars contre la présence policière à l'université, la grève générale illimitée des professions de santé également le 8 mars, mais aussi la menace des transporteurs routiers, camions et bus, de bloquer les routes prochainement contre la hausse du gasoil et aussi celle de 800%des taxes autoroutières en quelques semaines.

Jacques Chastaing



 

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