Egypte, le pari fou des révolutionnaires sur l'armée (CI)

Publié le par revolution arabe

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Les forces révolutionnaires semblent compter sur la généralisation du chaos pour pousser l'armée à intervenir et à les débarrasser du règne des Frères musulmans. Un pari à haut risque, s'alarme l'ancien député et politologue Amr Al-Shobaki.

 

Espérant remporter la bataille politique en cours, certains opposants font des paris qui ne seront jamais gagnants, s'adonnent aux mêmes illusions qu'hier et renouent avec des choix qui les avaient menés à une série d'échecs par le passé. Ils imaginent que la solution réside dans les cocktails Molotov, dans le chaos généralisé, dans l'effondrement du cadre politique et dans la chute du régime. Car ils espèrent que cela poussera l'armée à intervenir, à "donner un coup de balai" et à gouverner à la place des Frères musulmans.


Ils supposent que ceux-ci rendraient gentiment le pouvoir – auquel ils sont pourtant arrivés par des élections libres – et se plieront à ce qui serait un coup d'Etat. Les lanceurs de cocktails Molotov seront ravis d'un tel coup d'Etat pendant quelques mois, puis ils se remettront à demander la chute du régime, puisqu'ils sont incapables de proposer autre chose que ce slogan.


Le règne des milices et l'effondrement de l'Etat


On est stupéfait de les voir aujourd'hui se comporter ainsi, alors que ce sont ceux-là mêmes qui avaient réclamé la chute du régime militaire et qui avaient combattu l'armée [pendant la période transitoire, entre la chute de l'ancien président Hosni Moubarak et l'élection du nouveau président Mohamed Morsi, quand l'Egypte était gouvernée par le Conseil suprême des forces armées]. Ils reviennent aujourd'hui et demandent l'intervention [de cette même armée] dans la vie politique.


Grâce à cette armée, la révolution égyptienne a réussi à faire tomber Moubarak. Grâce à elle, l'Etat ne s'est pas effondré. Il n'y a pas eu des milliers de morts comme dans d'autres pays arabes. Cette armée est certainement la plus professionnelle et la plus cohérente du monde arabe. [Les expériences irakiennes et libyennes ont montré ce que l'effondrement de l'armée pouvait avoir comme résultat, à savoir le règne des milices et l'effondrement de l'Etat.]


L'intérêt national est que l'armée demeure politiquement neutre et s'occupe uniquement de la défense nationale. Ce serait une catastrophe pour notre pays si elle devait entrer dans l'arène politique dans le contexte de polarisation actuelle. Ce serait une catastrophe si elle devait se transformer en acteur politique, que ce soit pour renverser le pouvoir des Frères au profit de l'opposition laïque, ou que ce soit pour opprimer l'opposition laïque au profit des Frères. C'est pourtant ce que certains lui demandent. Et cela parce qu'ils sont incapables de construire une alternative politique aux Frères musulmans.

http://www.courrierinternational.com/article/2013/03/07/le-pari-fou-des-revolutionnaires-sur-l-armee

 

Commentaire:

 

Les pro-Moubarak ont toujours eu cette politique depuis deux ans, le chaos pour favoriser le retour de l'armée au pouvoir.

 

Une poignée de révolutionnaires démocrates, facebookiens de la première heure, par haine des islmaistes mais aussi des pauvres et des socialistes, devant le refus de l'opposition laïque de prendre le pouvoir et ses compromissions permanentes avec les salafistes et les Frères Musulmans contre la révolution, ont fini par se dire l'armée c'est moins pire que les islamistes.

 

Mais ils se comptent sur les doigts de la main. On les trouve par contre surtout à la tête des partis libéraux comme El Baradei ou Amr Moussa. Le parti de la grande bourgeoisie libérale laïque, le Wafd, souhaite aussi ça. Pour se protéger ils font dire à leurs journaux (Al Masry al Youm, al Ahram online et ceux qui les recopient ici) que ce sont les "révolutionnaires" qui veulent ça et ils en pointent un le plus connu d'entre eux, qui anime un blog intitulé "sandmonkey".


Avec le discrédit actuel des islamistes au pouvoir, la disparition politique de l'opposition laïque du FSN, bref le vide d'opposition, sans qu'il ne sorte rien de clair de la rue,  les rivalités internes et les querelles furieuses au sommet de l'Etat, entre anciens pro-moubarak et Frères Musulmans,  dont on entend un peu les échos dans la fronde de l'appareil judiciaire, les anciens pro-moubarak et leurs nouveaux alliés libéraux, plus quelques facebookers,  ont pris actuellement une initiative en faveur du retour de l'armée contre le chaos créé par les islamistes et les révolutionnaires.

 

Si ça cache un possible coup d'Etat de l'armée, mais ça paraît exclu ces temps-ci étant donné la faiblesse de l'armée et la force de la rue, cela illustre plus le désarroi de l'opposition, et surtout le plus probablement des tentatives de constituer un rapport de force aux sommets de l'Etat, pour que le partage des pouvoirs entre armée et Frères Musulmans, se fasse un peu plus en faveur de l'armée.

 

Ce sont des pressions de l'armée qui utilise la force de la rue et en même temps la faiblesse de l'opposition, pour gagner des places au sommet. Il faut se souvenri que l'armée contrôle une grande partie de l'économie, et que les américains voudraient casser ce monopole étatique, privatiser, en utilisant les Frères Musulmans. Ces derniers viennent juste de créer des "Bonds islamiques" en Bourse pour permettre de privatiser les biens d'Etat. Donc ceux de l'armée. Les généraux répondent par cette politique.


Jacques.

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