Égypte : les nouvelles organisations syndicales font part de leurs revendications à propos du projet de prêt du FMI (AEL)

Publié le par revolution arabe

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Une semaine avant que les négociations aient lieu, le 20 novembre, entre le gouvernement d’Égypte et le FMI sur un projet de convention de prêt, le premier envisagé depuis 20 ans, le mouvement syndical égyptien indépendant a décidé de faire connaître son point de vue en publiant une déclaration détaillée sur les négociations et sur leurs inquiétudes liées aux conditions auxquelles le prêt serait octroyé.

 

Le document a été préparé et publié au nom de deux nouvelles fédérations syndicales, l’Egyptian Federation of Independant Trade Unions (EFITU) et l’Egyptian democratic Labour Congress (EDLC).


Avant de préparer leur déclaration, les organisations syndicales égyptiennes ont examiné pendant deux jours les impacts du prêt du FMI et ses possibles conditions avec des économistes de la CSI. De plus, il y a deux semaines, des représentants avaient rencontré la mission du FMI en Égypte pendant près trois heures.


Les syndicats se sont dits inquiets que le parlement national, dissout, ne puisse débattre et ratifier un tel prêt. Ils ont, du reste, mis en avant l’échec du gouvernement à agir en toute transparence et à consulter les organisations de la société civile à propos des négociations, et ont souligné les fortes restrictions qui continuent de peser sur la liberté syndicale. L’amélioration de la situation des droits syndicaux et de la négociation collective permettrait aussi une distribution plus juste des revenus tout en permettant aux travailleuses et aux travailleurs d’exercer leurs droits fondamentaux.


Les syndicats ont exprimé le besoin de protéger intégralement les consommateurs et les travailleurs à faible revenu des changements apportés au système de subventions des combustibles, qui représenterait environ un cinquième du budget national actuel. Ils ont du reste insisté pour que des améliorations au niveau de la protection sociale et des augmentations salariales, surtout pour les personnes aux niveaux les plus bas, aient lieu en même temps que les modifications du système de subventions.


Les organisations syndicales sont intimement convaincues que l’Égypte a besoin d’un régime fiscal plus équilibré et que le pays devrait chercher à accroître ses recettes à partir des revenus plus élevés, des plus-values et des biens. Elles ont mis en garde contre d’éventuelles augmentations des taxes sur la valeur ajoutée qui pèseraient davantage sur les salariés à faible revenu. De plus, les syndicats ont souligné le besoin d’améliorer les pensions et ont marqué leur opposition à toute hausse unilatérale de l’âge de la retraite.


Les deux fédérations syndicales exigent que tout financement externe soit soumis à un contrôle indépendant pour éviter une corruption à grande échelle dans le cadre de l’utilisation des crédits étrangers comme c’était le cas à l’époque de Moubarak. Elles souhaitent par ailleurs qu’il serve avant tout à augmenter les faibles nivaux de vie de la population égyptienne. Une telle approche implique de réinvestir dans les systèmes sous-financés de la santé et de l’éducation, et de reconstruire l’économie nationale pour créer des emplois décents.


On pouvait lire dans le bref communiqué de presse que le Fonds monétaire international a publié le 20 novembre à propos de cette convention de prêt avec les autorités égyptiennes qu’il avait eu un accord de principe sur les termes d’un « accord de confirmation » de 22 mois pour un somme de 4,8 milliards de dollars. Il y est précisé que le gouvernement doit réduire son déficit fiscal de 11 pour cent du PIB en 2011-2012 à 8,5 pour cent en 2013-214 en réduisant les « dépenses inutiles » et grâce à des réformes fiscales en vue d’accroître les recettes.


Nous disposons de peu d’informations sur ces mesures, en dehors du projet de réforme de subventions énergétiques et de l’extension de la taxe sur les ventes pour qu’elle devienne une « TVA à part entière ». Le communiqué du FMI précise en outre que des recettes fiscales supplémentaires « serviront à encourager les dépenses sociales et les investissements dans les infrastructures », et à réduire le déficit. Il ne contient en revanche aucune information quant à l’ampleur de ce dernier.


Jusqu’à ce que des informations sur le prêt du FMI soient rendues publiques, les syndicats égyptiens n’ont aucune assurance quant au fait que leurs propositions ont été entendues, notamment leur demande en faveur d’un régime fiscal plus équilibré et progressif, et leur insistance pour que des améliorations au niveau de la protection sociale soient apportées et des augmentations salariales aient lieu en même temps que les modifications du système de subventions. Le communiqué du FMI explique que « les autorités égyptiennes entendent divulguer le contenu de leur programme économique à un grand nombre d’acteurs nationaux », ce qui constituerait une première étape vers la transparence, qui faisait tant défaut jusqu’à présent, à propos des transformations de l’économie égyptienne que le nouveau gouvernement entend mener.


La déclaration de l’EFITU et de l’EDLC (en arabe) sur les négociations avec le FMI est disponible sur le site web du Centre for Trade Union and Workers’ Services.


Source : http://www.ituc-csi.org

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