En Égypte, Port-Saïd au bord de l'insurrection (OF)

Publié le par revolution arabe

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vendredi 08 mars 2013
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Port-Saïd, la ville du canal de Suez pourrait de nouveau s'embraser si la justice a la main trop lourde, vendredi, dans le procès de la rixe qui avait coûté la vie à 74 supporters de football, en février 2012.


Depuis la fin janvier, Port-Saïd (750 000 habitants) est une ville en rébellion. Depuis que vingt et un de ses fils ont été condamnés à mort pour leur participation au « drame du stade ». En février 2012, à l'issue d'une rencontre de football entre le club local d'al-Masry et la prestigieuse équipe cairote d'al-Ahly, plus de 70 supporters du club de la capitale avaient été tués. L'autre moitié des accusés attend le verdict, demain, dans un climat explosif.

 

Avant le premier volet du jugement, le 26 janvier, les Ultras Ahlawy, supporters les plus bouillants du Caire, qui font traditionnellement le coup-de-poing dans les manifestations, avaient menacé l'Égypte de chaos si les accusés ne recevaient pas de lourdes peines. À Port-Saïd, on se dit victime d'une tentative d'apaisement des Ultras par le pouvoir et la justice.

 

Désobéissance civile


Dès l'énoncé de ce premier verdict, des affrontements avaient éclaté devant la prison et le tribunal, avant de dégénérer en bataille rangée avec la police, faisant 40 morts et 300 blessés. L'armée avait dû remplacer la police dans les rues. Des rumeurs d'affrontements entre militaires et policiers ont circulé, et l'armée a déclaré, officiellement, qu'elle protégerait les citoyens.

 

Mais le calme n'est jamais revenu.

 

Depuis mi-février, grèves, manifestations et saccages de bâtiments publics se succèdent. Hier soir encore, les affrontements ont repris entre police et manifestants. Pour protester contre les brutalités policières - et contre le président Mohamed Morsi qui a qualifié les protestataires de « voyous » - les familles des accusés et les supporters du Masry ont lancé, il y a trois semaines, une campagne de « désobéissance civile ».

 

Des habitants de Suez et Ismaïlia, les autres grandes villes du canal, s'y sont ralliés.

 

La région est devenue le fer de lance de la contestation du pouvoir des Frères musulmans. Dimanche, les autorités ont provoqué un nouvel accès de colère en ordonnant le transfert des accusés hors de Port-Saïd. Quatre jours d'émeutes ont fait six nouveaux morts, dont trois policiers. Port-Saïd se sent de longue date méprisée par le gouvernement central. La cité, qui fut une zone franche et regrette cette belle époque, s'estime abandonnée, malgré ses sacrifices : elle fut en première ligne lors de l'opération franco-britannique de 1956 et des offensives israéliennes de 1967 et 1973. 

 

Port-Saïd cristallise aussi les problèmes actuels de l'Égypte : un exécutif débordé et sans grande influence sur la police ou l'armée, une police haïe et qui ne sait répondre que par la violence, une armée qui temporise en jouant le grand frère compatissant, et un pouvoir judiciaire excessivement politisé.

 

Avec Sophie ANMUTH.
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