Encore des batailles à gagner (CI)

Publié le par revolution arabe

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Hassiba Ben Bouali, Malika Gaïd, Baya Hocine, Djamila Bouhired… Que penseraient ces héroïnes de la guerre d’indépendance de la place des femmes dans l’Algérie actuelle ?

15.03.2012 | Ghania Lassal | El-Watan


"Aujourd'hui, elles peuvent faire des études, travailler, être visibles. Mais au prix d'un combat quotidien", explique Chérifa Kheddar, porte-parole de l'Observatoire des violences faites aux femmes (OVIF).

 

Pourtant, l'égalité des sexes est inscrite dans la Constitution, en 1963, au lendemain d'une guerre de libération à laquelle les femmes ont activement participé. "Leur présence dans l'Armée de libération nationale, si minoritaire fut-elle, n'en a pas moins constitué une référence essentielle tout au long du combat pour leur émancipation", rappelle Soumia Salhi, militante féministe.

 

Car, en dépit des honneurs rendus à ce "noyau de la société", on attendait un retour du "sexe faible" à sa place traditionnelle. Et c'est autour de quelques-unes des moudjahidates que s'organisent les premières batailles féministes dans les années 1960.


Elles seront aussi parties prenantes de toutes les mobilisations, du printemps 1973 aux rassemblements de 1981, des coordinations de 1990, aux actions les plus récentes. Ces luttes auront porté leurs fruits. Aujourd'hui, les filles sont aussi nombreuses que les garçons à l'école, et sont même majoritaires dans les universités.

 

Cette scolarisation massive s'est traduite par leur entrée sur le marché du travail, et une pseudo-émancipation matérielle. Alors que seulement une femme sur trente travaillait en 1966, elles sont aujourd'hui près de une sur six.


Toutefois, plus l'on s'élève dans la hiérarchie et dans les postes à responsabilités, plus la gent féminine se raréfie. Elles ne sont que trois femmes ministres, sur trente-huit portefeuilles, et trente députées sur les trois cent quatre-vingt-neuf sièges de l'Assemblée nationale. En novembre 2008, un amendement constitutionnel impose une présence des femmes dans les institutions élues, et un quota de 30 % est prévu par la loi en 2011.


Mais ces mesures suscitent la polémique. Car les mentalités et les pratiques d'une société patriarcale ont la peau dure. "Le code de la famille reste la première violence institutionnelle. Cette discrimination consacrée est une grave marque de l'absence de volonté politique d'installer une égalité réelle", déplore le professeur Fadhila Chitour-Boumendjel, responsable du réseau Wassila, qui vient en aide aux femmes en détresse.

 

Loin du corpus des lois et autres discours pompeux et glorificateurs, les détresses féminines se jouent à huis clos. "Le plus souvent, l'endroit où la femme est le plus en insécurité est la famille, le foyer, la sphère conjugale. Car il n'y a aucune volonté politique et sociale visant à les y protéger", dénonce Mme Chitour. Un demi-siècle après l'indépendance, les femmes connaissent leurs droits, mais ne peuvent les faire valoir qu'au bout de moult sacrifices. Elles ne sont toujours pas libres de faire leurs propres choix. La lutte doit donc continuer pour elles...

 

http://www.courrierinternational.com/article/2012/03/15/encore-des-batailles-a-gagner

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