Il y a 2 ans commençaient les révolutions dans le monde arabe

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Publié dans : Hebdo Tout est à nous ! 180 (31/01/12)

Dossier réalisé par la commission Internationale du NPA

Région arabe, une Ola de révolutions Ben Ali, Moubarak, Kadhafi et Saleh ont été chassés du pouvoir, écartés par des processus à l’initiative de populations qui vivaient autrefois dans la peur et se tenaient à l'écart des luttes et du militantisme.

 

Le processus révolutionnaire démarré il y a deux ans est toujours en marche avec des flux et des reflux.
La vague, partie de Tunisie, a touché quasiment tous les pays de la région. Ces mouvements sont pacifiques, mixtes, et mobilisent des populations entières qui n'avaient pour l'essentiel jamais manifesté de leur vie. Leur dimension sociale est patente. Les chômeurs, parfois diplômés, et les travailleurs précaires en sont le fer de lance, rejoints par une jeunesse aspirant à en finir avec des dictatures inamovibles.

 

Quand ils s'organisent, ces mouvements, qui ne sont guidés ni par une idéologie particulière, ni par un parti politique, ni par un État étranger, se dotent de structures horizontales et collectives afin de rendre efficaces leurs mobilisations malgré la répression, de diffuser l'information et de réorganiser la vie sociale.

 

En Syrie, la répression implacable et le phénomène de désertion de militaires ont mené à la constitution d'une armée chargée de protéger les manifestants et les populations. Des zones libérées y sont administrées par les populations elles-mêmes.


Dans nombre de ces pays, des minorités opprimées de ces pays, sexuelles, sociales, immigrées, ethniques, etc, se saisissent de cette opportunité pour exprimer des revendications spécifiques. Enfin, s'est ouvert récemment un nouveau front, celui des luttes écologiques.


Tunisie : flux et reflux


Le 17 décembre 2010 à Sidi-Bouzid, le geste désespéré de Mohamed Bouazizi résume les souffrances de tout un peuple : celle des jeunes ne trouvant, au mieux, que des petits boulots, celle de l’arbitraire policier et mafieux, celle du chômage et de la misère frappant particulièrement les régions de l’intérieur, celle résultant de la ruine de l’agriculture vivrière suite aux accords de libre-échange.


Rapidement se mobilisent tous ceux qui veulent en finir avec le régime. La gauche de l’UGTT impulse des grèves générales régionales et, le 14 janvier 2011, l’armée décide enfin de lâcher Ben Ali. D’un seul coup, des millions de personnes osent enfin parler de politique pour la première fois, dévastant ou s’emparant de bâtiments symbolisant la dictature, ainsi que de biens appartenant à la mafia antérieurement au pouvoir.


Reprise en main


Face à l'embryon de pouvoir populaire issu de la révolution, les politiciens bénalistes constituent, par en haut, des gouvernements provisoires successifs. Mais les mobilisations continuent et finissent, le 27 février 2011, par les faire démissionner.


Une partie de ceux qui s’étaient mobilisés depuis plusieurs mois relâchent alors leurs efforts, et le nouveau Premier ministre Caïd Essebsi manœuvre habilement. Il parvient notamment à engluer dans un cadre institutionnel la plus grande partie des forces ayant participé à la révolution. Le Front du 14 janvier qui regroupe les organisations politiques les plus à gauche se disloque.


Déboussolée, la moitié de la population ne va même pas voter, le 23 octobre 2011, aux élections à l'Assemblée constituante. Les forces ayant participé au Front du 14 janvier, et qui auraient pu arriver à la seconde place aux élections en présentant des listes communes, subissent un cinglante défaite.
Avec 18 % du corps électoral ayant voté pour eux, les islamistes d'Ennahdha obtiennent 41 % des sièges à l'Assemblée constituante et dirigent depuis lors le gouvernement. Simultanément, les milices islamistes multiplient menaces et attaques, notamment contre les femmes et la liberté d'expression.


Renouveau de la contestation


La politique économique et sociale du gouvernement se situe dans la continuité de celle de l'ancien régime et des gouvernements transitoires qui lui ont succédé. Face à celle-ci, on assiste depuis février 2012 à une reprise des mobilisations, notamment parmi les jeunes et les régions déshéritées de l'intérieur où les grèves générales se multiplient. Incapable de répondre aux revendications, le pouvoir utilise la répression. Des milices islamistes attaquent les locaux de l'UGTT, comme en février 2012, ou le 4 décembre 2012. De son côté, le Premier ministre déchu Caïd Essebsi cherche à regrouper derrière lui toutes les forces opposées à Ennahdha. Il est notamment rejoint par de nombreux anciens cadres du parti de Ben Ali.


Face à cette bipolarisation, les forces qui avaient participé au Front du 14 janvier se ressaisissent et reconstituent à l'été 2012 un Front ouvert à toutes les forces refusant à la fois la politique des islamistes et celle des nostalgiques de Ben Ali et de son prédécesseur. Mettant toutes ses forces au service du développement des luttes, ce nouveau Front espère également incarner cet espoir dans les prochaines élections.


Dominique Lerouge

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