Israël colonise davantage la Cis­jor­danie par l’agriculture que par la construction

Publié le par revolution arabe

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Une étude montre que la surface agricole contrôlée par des colonies a aug­menté de 35 % depuis 1997

 

Taha Numan, le maire d’Anata, sait que son village est un cas d’école, mais pour un phé­nomène peu connu : la colo­ni­sation de la Cis­jor­danie par l’agriculture. Du moins jusqu’au rapport que vient de publier l’expert israélien Dror Etkes. Cet ancien du mou­vement israélien La Paix main­tenant a dressé le bilan de l’activité agricole en Cis­jor­danie de 1997 à 2012, passant au peigne fin, par des photos satel­lites et des enquêtes de terrain, les 9 300 hec­tares exploités par Israël sur des terres consi­dérées par la com­mu­nauté inter­na­tionale comme palestiniennes.


Ses conclu­sions sont inédites: le déve­lop­pement agricole est un outil de colo­ni­sation bien plus efficace que l’implan- tation de colonies et d ’" avant-​​postes " (les petites implan­ta­tions), dont la surface totale ne repré­sente, par com­pa­raison, que 6 000 ha. La raison pour laquelle M. Etkes a choisi Anata pour illustrer le résultat de ses recherches est donnée par M. Numan : " Dans les années 1970, les terres dépendant d’Anata repré­sen­taient 3 139 ha ; aujourd’hui, il nous en reste 80. " Entre-​​temps, pas moins de sept colonies se sont ins­tallées autour de la localité, absorbant inexo­ra­blement ses terres agricoles.


Passé le grand " bloc de colonies " de Maalé Adoumim situé à l’est de Jéru­salem, en direction de la mer Morte, il faut prendre la route 437 et tourner à gauche pour arriver à Anata. C’est une zone déser­tique avec, çà et là, les cam­pe­ments des Bédouins de la tribu Jahalin, qui tentent de résister à la volonté du gou­ver­nement israélien de les déplacer, et peuplée aussi par les colons. Pour des raisons dif­fé­rentes, les uns et les autres sont des pions essen­tiels du plan stra­té­gique israélien visant à sanc­tua­riser la vallée du Jourdain, l’une des pommes de dis­corde des négo­cia­tions israélo-​​palestiniennes en cours.


Le rapport de Dror Etkes est éloquent à ce sujet : la carte des implan­ta­tions agri­coles israé­liennes en Cis­jor­danie suit deux cou­loirs dis­tincts. Le premier, très dense, remonte la vallée du Jourdain, du nord de la mer Morte au sud du lac de Tibé­riade, alors que le second épouse les contours de la route 60, prin­cipale artère reliant le nord et le sud de la Cis­jor­danie. Alors que les Pales­ti­niens repré­sentent 90 % de la popu­lation de la vallée du Jourdain, soit 80 000 per­sonnes, ils n’ont pra­ti­quement pas accès à leurs terres, qui ont été pour l’essentiel trans­férées aux colonies, où vivent 9 500 colons israéliens.


" Stratégie à long terme "

Outre que toute la région est une zone mili­taire, la moitié de sa surface est classée " zone de tir " et 25 % de celle-​​ci sont consi­dérés comme une " réserve natu­relle ". Les ini­tia­tives tou­ris­tiques (chemins pédestres notamment), ainsi que les " zones indus­trielles ", qui hébergent la plupart du temps des centres com­mer­ciaux, sont d’autres moyens d’élargir le péri­mètre des colonies. Au cours de sa longue enquête, M. Etkes a fait, ce qu’il appelle, une " décou­verte stu­pé­fiante " : des mil­liers d’hectares dont Israël a pris le contrôle par dif­fé­rents moyens pour les trans­férer aux colonies " sont aujourd’hui loués à des fer­miers pales­ti­niens, les­quels doivent payer un loyer afin d’exploiter des terres données gra­tui­tement aux colons " !


L’expert cite les nom­breuses méthodes par les­quelles Israël a pris le contrôle des terres pales­ti­niennes afin d’y construire des colonies ou d’étendre son domaine agricole :

 

1) Les ordres mili­taires de confis­cation pour " raisons de sécurité ".

2) L’expropriation en raison d’une " uti­li­sation publique " et le transfert à des colonies.

3) L’allocation de " terres d’Etat " à des colonies.

4) Le transfert de terres pales­ti­niennes à des colonies en vertu de la " loi sur la pro­priété des absents " (pro­prié­taires pales­ti­niens qui ont quitté Israël pendant et après la guerre de 1967).  

5) La réqui­sition de terres appar­tenant au Waqf (Office des biens musulmans) au profit des colons.

6) Des inci­ta­tions aux sociétés israé­liennes à acheter, par le biais d’intermédiaires, des terres palestiniennes.


Abou Salama et Ibrahim Abou Hamad, pro­prié­taires à Anata, expliquent comment ils ont été dépos­sédés, l’un de 10 ha, l’autre de 6,5 ha. Ils pointent du doigt une par­celle en bordure de route, entourée de bar­belés, en assurant que ce lopin de terre caillou­teuse, d’où émergent de jeunes oli­viers, a été annexé par des colons il y a tout juste deux mois. Des tuyaux courent sur le sol : ils sont reliés à des cana­li­sa­tions d’eau qui viennent de Maalé Adoumim, elle-​​même connectée au réseau de Jéru­salem. La " pro­priété " des colons sur ces terres est vite affichée : outre des clô­tures et des bar­belés, des fûts rouillés marquent le nouveau ter­ri­toire agricole récupéré.


En cas de contes­tation, l’armée assume fer­mement son rôle de pro­tection des citoyens israé­liens, c’est-à-dire des colons. Dror Etkes sou­ligne que, depuis 1997, la surface agricole contrôlée par Israël en Cis­jor­danie a aug­menté de 35 %. Ce phé­nomène, insiste-​​t-​​il, " fait partie d’une stra­tégie à long terme, très bien financée, sou­tenue et encou­ragée par le gou­ver­nement depuis des années, en dépit de l’illégalité fla­grante de cette activité, y compris au regard de la loi israélienne ".

 

Le Monde, Laurent Zecchini, vendredi 27 septembre 2013

 

http://www.france-palestine.org/Israel-colonise-davantage-la

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