Israël /​ Palestine : un risque d’importation du conflit en France ?

Publié le par revolution arabe

C’est déjà le cas

Les échauf­fourées qui ont suivi à Paris la mani­fes­tation de soli­darité avec le peuple pales­tinien orga­nisée le 13 juillet ont suscité de nom­breux com­men­taires sur la crainte de voir le conflit du Proche-​​Orient être importé en France. Dans les autres villes où de telles mani­fes­ta­tions ont eu lieu, aucune vio­lence n’a été signalée.


Pour celle de Paris, il y a des inter­pré­ta­tions contra­dic­toires, cer­taines stig­ma­tisant les mani­fes­tants, d’autres mettant en avant des pro­vo­ca­tions de membres de la Ligue de défense juive. Quelles que soient ces pro­vo­ca­tions (et la LDJ en est cou­tu­mière) rien ne peut per­mettre de s’en prendre à des syna­gogues ou à tout autre bâtiment communautaire.


Mais revenons à la pré­oc­cu­pation prin­cipale de nom­breux res­pon­sables poli­tiques et des médias. Y a-​​t-​​il un risque nous impor­tions le conflit israélo-​​palestinien en France ? Cette question ne se pose pas ! Le conflit est importé depuis déjà très long­temps dans notre pays. Le défi, c’est de l’encadrer pour qu’il ne dégénère pas.


Les ins­ti­tu­tions com­mu­nau­taires juives appellent sans cesse les juifs français à se montrer d’une soli­darité sans faille avec Israël. Le dîner annuel du CRIF, où la classe poli­tique se presse avec encore plus d’enthousiasme qu’au défilé du 14 juillet, est une occasion réitérée de faire le procès d’une diplo­matie fran­çaise qui ne serait pas suf­fi­samment favo­rable au gou­ver­nement israélien.

 

Lorsqu’il y a une diver­gence entre le gou­ver­nement israélien et le gou­ver­nement français, les ins­ti­tu­tions com­mu­nau­taires demandent tou­jours au gou­ver­nement français de changer de position, jamais au gou­ver­nement israélien de le faire. Il y a dans cer­taines syna­gogues des réunions de mobi­li­sation pour per­mettre le recru­tement de jeunes français dans l’armée israé­lienne.

 

Des appels à la soli­darité avec l’armée israé­lienne sont fré­quents. Un jour­na­liste, uni­ver­si­taire ou homme poli­tique français qui se mon­trerait cri­tique à l’égard de l’action poli­tique du gou­ver­nement israélien court de façon quasi auto­ma­tique le risque d’être accusé d’antisémitisme par ces orga­ni­sa­tions. Et sa car­rière peut en être gra­vement affectée d’où une auto-​​censure assez lar­gement répandue sur ce sujet.


Le CRIF dénonce régu­liè­rement les repor­tages télé­visés qui lui paraissent défa­vo­rables au gou­ver­nement israélien et tente régu­liè­rement d’interdire, parfois avec succès, des confé­rences et expo­si­tions de soli­darité avec les Pales­ti­niens accusées de générer de l’antisémitisme.


D’un autre côté, de nom­breux Français se mobi­lisent en faveur de l’autodétermination du peuple pales­tinien. Il y a parmi ces Français des Arabes et des musulmans, dont cer­tains pro­jettent leur propre situation de dis­cri­mi­nation sur ce qui se passe là-​​bas. Il y a éga­lement de nom­breux juifs qui estiment contraire à la conception qu’ils se font du judaïsme pour cer­tains, ou l’attachement à des valeurs uni­ver­selles, la répression que subissent les Pales­ti­niens. Il y a enfin de nom­breux Français qui estiment tout sim­plement qu’au XXIe siècle, l’occupation d’un peuple par un autre n’est pas admis­sible d’un point de vue moral et est par ailleurs dan­ge­reuse d’un point de vue poli­tique et stratégique.


Inutile de pro­clamer qu’il ne faut pas importer le conflit. Nous le vivons au quo­tidien. S’il n’est pas celui qui fait le plus de morts, s’il y en a d’autres qui sont bien plus cruels, il est celui qui, en France, suscite le plus de passion d’émo- tions, divise les familles, les partis poli­tiques. Des amis de longue date peuvent être brouillés de façon durable à cause de diver­gences sur ce conflit, alors que d’autres désac­cords ne conduisent pas à de telles extré­mités. Il peut y avoir dans les mani­fes­ta­tions de soli­darité à la Palestine des excités qui veulent en découdre ou qui fran­chissent la limite entre la cri­tique légitime du gou­ver­nement israélien et antisémitisme.


Mais il y a dans les mani­fes­ta­tions de soli­darité avec Israël des extré­mistes racistes qui se livrent à des raton­nades en marge des mani­fes­ta­tions. La LDJ s’en est pris phy­si­quement, à de nom­breuses reprises, à des per­son­na­lités (y compris juives ou israé­liennes mais ce n’est pas alors comp­ta­bilisé comme un acte anti­sémite) qui cri­ti­quaient le gou­ver­nement israélien, tout en conti­nuant à béné­ficier d’une impunité réelle, alors qu’il s’agit d’une orga­ni­sation interdite en Israël et aux États-​​Unis.


Interdire les mani­fes­ta­tions de soli­darité avec les Pales­ti­niens, comme l’a proposé le pré­sident du CRIF, serait un remède pire que le mal. Ou faudrait-​​il alors interdire éga­lement les mani­fes­ta­tions de soutien à Israël, dont on peut penser que le dîner annuel du CRIF fait partie ? La peur de diviser le public, de faire monter les ten­sions, de jeter de l’huile sur le feu, fait que trop souvent on n’aborde pas fran­chement la question du conflit israélo-​​palestinien. La volonté de ne pas l’importer est souvent mise en avant. Dans la mesure où il fait partie de notre quo­tidien et que les choses ne peuvent que s’exacerber, ce n’est pas la bonne solution. Il faut contraire plaider pour que l’on puisse en parler tout à fait librement en débattre ouver­tement sans interdit.


Le débat sans tabou est le meilleur moyen de faire baisser la pression. Vouloir l’empêcher, c’est faire la part belle aux rumeurs de la dés­in­for­mation et à la théorie du complot. Le risque n’est pas l’importation du conflit. C’est qu’il dégénère en vio­lences. Il faut donc per­mettre tous les débats et interdire et condamner toute vio­lence. Ce serait un progrès immense pour notre pays que les dif­fé­rentes asso­cia­tions de soli­da­rités avec Israël et la Palestine se mettent d’accord sur ce pro­gramme minimal. Chiche, au nom du débat républicain ?

Pascal Boniface, samedi 19 juillet 2014

 

 

http://www.france-palestine.org/Israel-Palestine-un-risque-d

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