ll y a 30 ans, du 16 au 18 septembre 1982 : un massacre programmé dans les camps palestiniens de Sabra et Chatila (LO)

Publié le par revolution arabe

sabra shatila

Le 16 septembre 1982, les miliciens des Phalanges chrétiennes libanaises, une organisation d'extrême droite, entraient dans les camps de réfugiés palestiniens de Sabra et Chatila à Beyrouth-Ouest avant de massacrer systématiquement, pendant trois jours, la population désarmée, faisant entre 1 500 et 3 000 morts.

 

C'est seulement la révélation de cette tuerie et les réactions en Israël même, dans les pays arabes et dans le monde entier qui allaient obliger les tueurs à quitter les lieux, et leurs protecteurs et donneurs d'ordres, l'état-major israélien, à arrêter le massacre.


L'armée israélienne et l'extrême droite libanaise contre les Palestiniens


Depuis le 6 juin 1982, l'armée israélienne avait déclenché l'opération « Paix en Galilée », officiellement pour mettre la population civile israélienne hors de portée des « terroristes » palestiniens installés au Sud- Liban et y créer une zone de sécurité de 40 km.

 

Mais avec 90 000 hommes et 1 300 tanks, sans compter l'aviation, deux fois plus de forces que contre l'Égypte en 1973, Begin, le chef du gouvernement de droite, Sharon, son ministre de la Défense, et Eytan, son chef d'état-major, visaient bien au-delà : il s'agissait d'aller jusqu'à Beyrouth, où Arafat, le dirigeant de l'OLP, avait son quartier général, pour l'en chasser avec tous ses militants. Mais il s'agissait aussi d'installer au Liban un gouvernement à leur solde, dirigé par leur protégé Béchir Gemayel, chef des phalangistes.

 

Plus largement, ils voulaient en finir avec la présence palestinienne au Liban : selon un historien israélien, Yezid Sayigh, Sharon envisageait « la destruction des camps de réfugiés au Liban et la déportation massive de deux cent mille Palestiniens hors du pays ».


Mais, arrivée aux portes de Beyrouth, l'armée israélienne s'enlisa dans une guerre d'usure, l'artillerie et les bombardements faisant des milliers de morts civils, sans réussir pour autant à vaincre la guérilla menée par l'OLP et les milices de la gauche libanaise. C'est sous la pression américaine, combinée à l'inaction des pays arabes, qu'Arafat accepta finalement de quitter Beyrouth avec plus de 11 500 Palestiniens, sous la protection d'une force multinationale composée de soldats américains, français et italiens.


Arafat à Tunis, ses militants dispersés dans tout le Moyen- Orient, la force multinationale se retirant plus tôt que prévu : la voie était libre pour Israël et pour Béchir Gemayel, que le Parlement libanais élut président de la République le 23 août 1982 sous la pression de Sharon et la « protection » très rapprochée de l'armée israélienne.


La famille Gemayel est un des clans de la bourgeoisie libanaise, hommes d'affaires et de pouvoir, protégés traditionnels des impérialismes, dont l'impérialisme français.

 

Pierre Gemayel, admirateur d'Hitler et de Mussolini, fut le fondateur, dans les années trente, du parti phalangiste d'extrême droite. Ce parti allie la défense des privilégiés chrétiens maronites à une idéologie fasciste. Les phalangistes et les dirigeants israéliens se retrouvèrent unis dans la haine des Palestiniens, ce « peuple de trop » selon Béchir Gemayel, et au-delà, dans une haine de classe contre les masses pauvres capables de s'enflammer au contact des militants pro-palestiniens. Les phalangistes s'étaient déjà illustrés en 1976, aidés par l'artillerie syrienne et les chars israéliens, dans l'écrasement du camp de réfugiés palestiniens de Tell el- Zaatar, faisant 3 500 morts.


Quand le 14 septembre un attentat coûta la vie à Béchir Gemayel, les milices phalangistes entrèrent donc dans les camps de Sabra et Chatila, sous le commandement de leur chef Élie Hobeika, lié à la CIA et au Mossad, les services secrets israéliens, et massacreur de Tell el-Zaatar. Il fut entendu avec Rafaël Eytan, le chef d'état-major israélien, que les phalangistes iraient seuls « fouiller et nettoyer » ces camps des « terroristes » de l'OLP qui y étaient prétendument restés. L'armée israélienne, de son côté, devait occuper Beyrouth-Ouest, cerner les issues des camps, fournir aux tueurs les tenues militaires, les armes, les sacs pour les cadavres, les bulldozers nécessaires à l'enfouissement des victimes, les fusées éclairantes la nuit pour leur permettre jour et nuit, du jeudi au samedi midi, de violer, de piller, de tuer au fusil et surtout à l'arme blanche, mutilant les blessés avant de les achever. « Mourir d'une balle, c'est rapide, ce n'est rien. Avec le couteau, il meurt deux ou trois fois », c'est ainsi que parlait, des années plus tard, un des miliciens, et un autre ajoutait : « (...) Je les tue. Le premier, tu hésites, le deuxième est plus facile, après, c'est comme jouer aux billes ».

Installé sur le toit d'un immeuble voisin, le commandement israélien observa tout. Des soldats, et même quelques gradés, protestèrent, en vain. Le dernier jour seulement, des journalistes arrivèrent pour découvrir des charniers et des rues jonchées de cadavres.


Protestations internationales et... larmes de crocodile des chefs d'État


En Israël, le mouvement « La paix maintenant » organisa immédiatement une manifestation devant la résidence du Premier ministre : un millier de personnes scandant : « Begin terroriste, Begin assassin, Beyrouth-Deir Yassin 1982 ». Un manifestant âgé s'écria : « Ça me rappelle trop les nazis qui poussaient les Ukrainiens à massacrer les juifs dans les ghettos. » Les journaux parlèrent de pogrom.


Dans de nombreux pays, des manifestations eurent lieu, en particulier aux États-Unis, le meilleur soutien du gouvernement israélien, où le président Reagan se sentit obligé d'affirmer son « violent dégoût » et de s'associer à un vote de l'ONU défavorable à Israël. Il proposa l'envoi de marines au Liban, comme force d'interposition.

Dans la série des protestations de circonstances, Mitterrand lui emboîta le pas et annonça « qu'à la demande du gouvernement libanais », la France participerait à la formation d'une nouvelle force multinationale pour contribuer « au retour à la sécurité et au respect du droit des gens ». Ce même genre de force avait laissé passer sans broncher les troupes israéliennes et s'était retiré dès l'embarquement des militants de l'OLP, deux semaines à peine avant les massacres, ce qui laissait les camps sans défense.


Sous la pression de l'opinion publique nationale et internationale, Begin accepta le principe d'une commission d'enquête. Le rapport Kahane, rendu six mois plus tard, en février 1983, conclut à la responsabilité « directe » des phalangistes, les vrais coupables, et « indirecte » des autorités israéliennes, qui n'avaient pas « tenu compte du danger » représenté par les phalangistes ni fait « suffisamment attention » aux rapports sur les tueries, et présenta ce massacre comme un acte isolé et exceptionnel.


Ce n'était pourtant que la continuation logique de la politique israélienne, quelle que soit la couleur du gouvernement en place.

 

Begin eut d'ailleurs beau jeu de renvoyer son adversaire travailliste, Shimon Pérès, à sa conduite de la guerre au Sud-Liban en 1978, quand son chef d'état-major revendiquait les bombardements aveugles contre des civils. Le terrorisme contre des populations désarmées pour faire place nette à sa propre expansion est la méthode de toujours des gouvernements israéliens, même si c'est souvent avec la complicité des gouvernements arabes réactionnaires, eux-mêmes inquiets de la contagion possible de la révolte palestinienne à leur propre peuple.


En l'occurrence, les milices phalangistes libanaises jouèrent leur rôle de massacreurs barbares main dans la main avec les soldats israéliens.


Sylvie Maréchal

 

http://www.lutte-ouvriere-journal.org/?act=artl&num=2303&id=39

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