La lutte de classes derrière le « masque de la religion » (Ccr)

Publié le par revolution arabe

 

Cela fait des siècles que l’élément religieux, faute d’une compréhension scientifique développée et popularisée des situations réelles, est le cadre et le vecteur de révoltes et de guerres de résistance dont l’assise réelle reste la lutte contre l’exploitation économique, l’injustice sociale et l’oppression politique.

 

Pourtant il n’est ni la source du problème, ni le terrain de sa solution :

 

toutes les grandes controverses politiques et religieuses reflètent les luttes de classes de leur temps, leur degré de développement et de conscience. Comme Engels l’écrivait par exemple au sujet de la résistance protestante en Allemagne, « Même dans ce que l’on appelle les guerre de religion du XVIème siècle, il s’agissait avant tout de très positifs intérêts matériels de classes, et ces guerres étaient des luttes de classes…

 

Si ces luttes de classes portaient, à cette époque, un signe de reconnaissance religieux, si les intérêts, les besoins, les revendications des différentes classes se dissimulaient sous les masque de la religion, cela ne change rien à l’affaire et s’explique facilement par les conditions de l’époque ».

 

Le christianisme était alors la religion organique du pouvoir féodal, voilà pourquoi poursuit Engels « L’opposition révolutionnaire contre la féodalité » s’est manifestée « selon les circonstances, tantôt sous forme de mystique, tantôt sous forme d’hérésie ouverte, tantôt sous forme d’insurrection armée » [2].


Mais nous sommes en 2014, pas au XVIème siècle, la différence majeure est que nous disposons parfaitement aujourd’hui des outils de compréhension qui faisaient défaut alors. Et de surcroît la « conception religieuse révolutionnaire » de Thomas Münzer anticipait les luttes de classes modernes et contenait un programme politique qui « frisait le communisme » précise Engels : « Pour Münzer, le royaume de Dieu n’était pas autre chose qu’une société où il n’y aurait plus aucune différence de classes, aucune propriété privée, aucun pouvoir d’Etat autonome, étranger aux membres de la société.

 

Toutes les autorités existantes, si elles refusaient de se soumettre et d’adhérer à la révolution, devaient être renversées ; tous les travaux et les biens devaient être mis en commun, et l’égalité la plus complète régner » [3].

 

Le programme politique du Hamas n’a absolument rien de tel, aujourd’hui de surcroît : loin d’être progressiste, c’est un mouvement de résistance en partie financé par l’Etat capitaliste théocratique d’Iran et le régime oligarchique du Qatar, qui défend un programme nationaliste ayant pour objectif la destruction de l’Etat d’Israël en vue de l’instauration d’un Etat islamique sur la terre de Palestine et qui ne remet pas en cause ni le capitalisme, ni la propriété privée, ni la domination de classes associée, et qui de ce fait s’appuie bien moins sur les forces de gauche radicales existantes que « sur différents gouvernements réactionnaires dans la région pour imposer un caractère religieux à l’embryon d’Etat palestinien » [4].


[1] Cette formule phare des Accords d’Oslo a toujours eu comme prémisse le renoncement du peuple palestinien à ses droits démocratiques les plus élémentaires, comme le droit au retour des milliers de réfugiés palestiniens expulsés de leurs terres par l’Etat sioniste, et celui d’avoir son propre Etat sur son territoire historique. Le supposé “Etat palestinien” ne serait rien de plus qu’une série de villes isolées, encerclées par le mur de sécurité, un Etat sans continuité territoriale ni viabilité économique, n’ayant pas la possibilité de contrôler ses frontières ni de maîtriser son accès aux ressources fondamentales (comme l’eau). La conclusion évidente est que les droits démocratiques du peuple palestinien sont incompatibles avec l’existence de l’Etat sioniste, qui est une enclave raciste et coloniale fondée en 1948 sur la base de l’expulsion et du nettoyage ethnique de la population arabe qui habitait en Palestine. Fruit de différentes guerres - la guerre dite “d’indépendance” en 1949 et la guerre des six jours en 1967, notamment - et de cette politique d’occupation de territoires avec création de colonies de l’extrême-droite religieuse, l’Etat d’Israël a élargi progressivement ses frontières, s’incorporant à chaque fois des portions supplémentaires des “territoires occupés”. Enfin il est un allié inconditionnel des Etats-Unis qui l’ont financé et doté de l’armement nucléaire, gendarme de la région protégeant les intérêts impérialistes contre les peuples du Moyen-Orient. C’est cette réalité, conjointe à la capitulation des directions nationalistes bourgeoises historiques comme l’OLP, qui a amené au renforcement des organisations islamiques radicales qui, comme le Hamas, prônent la résistance à l’occupation.

 

[2] F. Engels, La guerre des paysans en Allemagne, Paris, Editions Sociales, 1974, p. 61-63.


[3] Ibid., p. 79. Beaucoup plus près de nous, si l’on prend l’exemple de la véritable colonie qu’est l’Irlande du Nord, le protestantisme étant organiquement liée au pouvoir britannique, nul ne s’étonnera que la résistance politique du Sinn Fein et armée de l’IRA ne se soient traditionnellement mixées, cette fois, avec le catholicisme, qui est la religion dominante des opprimés nord-irlandais, et que ce conflit entre métropole et colonie se soit manifesté comme conflit religieux.


[4] http://www.ccr4.org/Halte-aux-attaq....

 

http://www.ccr4.org/Vive-la-resistance-palestinienne


Commenter cet article