Loi d'urgence, chaos politique et mobilisation sociale (JC)

Publié le par revolution arabe

bahaa_saber.jpg Du pain!

A l'heure actuelle, même si on voit bien la logique générale qui est de détourner la colère sociale contre les Frères Musulmans, et de s'appuyer ensuite sur les violences pour décréter un genre de loi martiale.

 

Il est difficile de savoir ce qui se passe au niveau des massacres, les militaires et les Frères Musulmans mentent autant les uns que les autres. Et surtout ce qui se passe en province, on n'a des infos que du Caire.


On ne peut avoir aucun doute sur les violences de l'armée.
Mais sur Twitter, j'ai par exemple pas mal de messages qui signalent des affrontements entre "habitants" excédés et manifestations de Frères Musulmans, qui eux, s'en prennent aux gens qui les insultent au passage dans les rues et les passent à tabac,  arrachent les affiches de Sissi sur les magasins et voitures, et brûlent magasins et voitures, tirent sur les églises coptes.

 

Ainsi à Port Saïd aujourd'hui, aux funérailles d'un jeune des Frères Musulmans tué il y a deux jours, le cortège aurait brûlé les magasins coptes, tiré sur les églises, faisant 1 mort et 28 blessés. En riposte la population serait descendue dans les rues et aurait lynché, au moins partiellement, les manifestants. En conséquence, le mouvement de la jeunesse de Port Saïd, a décrété le couvre feu dès ce soir à l'encontre des Frères Musulmans ainsi que la ferme- ture obligatoire de leurs magasins. On signale des choses du même type à Helwan et au Caire dans les quartiers de Menofiya,  et hier à Duweiqa, Mansheya...


Ça parait logique quand d'une part on voit une immense partie de la population afficher son soutien à Sissi et d'autre part une minorité violente qui manifeste. Jusque là on constatait une indifférence totale de la population au sort des Frères Musulmans. "Ils se font massacrés ? Ils l'ont bien cherché".Est-ce qu'il peut y avoir un retournement d'opinion avec trop de massacres par l'armée? Je ne sais pas.


Aujourd'hui dimanche on voit les démocrates du Mouvement du 6 avril et ceux de Tamarod, dénoncer les violences militaires et surtout l'utilisation de la lutte contre le terrorisme ( que par contre ils soutiennent) si elle aboutit à une remise en place de l'ancien appareil de la Sécurité d'Etat, (annoncé hier) et des remises en cause de toutes les libertés et les droits de l'homme.

 

Il semble d'ailleurs que le gouvernement aille vers un décret de "loi d'urgence". 
Par ailleurs entre soutenir Sisssi et être indifférent au sort des Frères Musulmans d'une part et s'attaquer violemment à eux  d'autre , ce n'est pas la même chose.  Est-ce que les "habitants", "résidents" qui sont présentés comme s'atta- quant à bien des endroits aux Frères Musulmans ne sont pas animés par des anciens pro-Moubarak ?

 

Bien sûr, il y a aussi des choses réelles, correspondant à un profond sentiment populaire. Ce qui se serait passé à Port Saïd paraît logique, étant donné la haine avec laquelle les responsables des Frères Musulmans appellent leurs supporters à s'en prendre aux coptes. (Et il y a eu d'autre incidents du même type ailleurs récemment). De même sur la place Rabaa al-Adaweya où stationnent depuis plus de trois semaines les Frères Musulmans ( qui est plutôt un quar- tier qui leur est hostile) on comprend que les habitants en aient raz le bol, puisque c'est un véritable camp retranché; pour rentrer chez soi, aller au travail, aux magasins, la pharmacie, il faut passer de nombreux contrôles suspicieux, qui sont impossibles à une femme non voilée, et que les  milliers (au moins) de personnes en permanence là, n'ont pas de WC et font donc leurs besoins dans les jardins des gens, les cages d'immeubles, chantent toute la nuit, tirent avec des armes automatiques, etc... Du coup s'est créé un comité des résidents de la place, avec page Facebook, qui exprime son ras le bol. Il serait possible que les violences d'hier aient été provoquées par des affrontements entre ces résidents qui voulaient évacuer les Frères Musulmans, qui auraient dégénéré, ou sur lesquels des provocateurs de tous bords ont mis de l'huile sur le feu...


Pour ce qui est des lois d'urgences et des lois martiales en préparation,  il y en a eu quantité ces deux dernières années, et aucune n'a jamais été respectée par la population, on ne voit pas pourquoi ce serait différent demain,  mê- me si les dictature militaire et policière ont coûté bien sûr aussi beaucoup de souffrances, de violences policières et de vies.


Je ne crois pas que les grèves et les luttes à caractère social vont s'arrêter pour autant au prétexte de la lutte contre le terrorisme. L'important et le décisif est là. Que vont faire les gens qui souffrent de la faim, n'ont pas de toit décent, ne peuvent plus s'acheter à manger correctement, ont leurs entreprises qui ferment, etc... ?


Ces derniers jours, le 25 juillet, malgré l'appel du principal syndicat d'opposition à cesser les grèves, avec aujourd'hui son président ministre du travail,  on notait cependant des titres de journaux  "nouvelle poussée de grèves et de sit-in" et des grèves à Toshiba et  Iron Steel à Suez, à la compagnie d'impression Muharram à Alexandrie (pour réclamer entre autres le départ du directeur), l'hôpital Mont Sinaï, chez les employés du greffe en Nouvelle Vallée, des employés admi- nistratifs de la Région Assouan, des enseignants... pour ce que je sais, car les journalistes et les militants révolu- tionnaires démocrates s'intéressent très peu à cela.


Quoi qu'il en soit, malgré tout le battage fait autour de Sissi, les Frères Musulmans et leurs affrontements, après la profondeur des manifestations du 30 juin, les immenses vagues de grèves qui l'ont précédé pendant trois mois, il est quasi sûr que la population va à nouveau retourner dans la rue, d'ici peu, pour ses propres revendications" pain, justice sociale, liberté" et qu'elle sera d'autant plus confortée par ce qui se passe aujourd'hui, de construire son propre pouvoir, et ses organes, ses propres comités  dans tous les domaines. Egypte 28 juillet, 19 h 00

Jacques Castaing

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