Maroc : un étudiant en prison depuis dix-huit mois pour offense au roi (Rue 89)

Publié le par revolution arabe

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Human Rights Watch (HRW) a appelé mardi à la libération d’Abdessamad Haidour, un étudiant de 24 ans reconnu coupable d’offense à la dignité du roi et qui a déjà purgé la moitié de la peine de trois ans de prison à laquelle il a été condamné. Il a déjà passé plus de temps derrière les barreaux pour ce type d’infraction que n’importe quel autre Marocain ces dernières années, à la connaissance de HRW. Pour l’organisation de défense des droits de l’homme, deux ans après avoir adopté une Constitution qui consacre la liberté d’expression, « le Maroc devrait abolir les lois répressives qui ont permis de mettre cet étudiant en prison ». Abdessamad Haidour a été condamné l’an dernier pour s’être élevé contre le roi Mohammed VI dans une vidéo postée sur YouTube. Cette vidéo montre une discussion dans la rue entre Abdessamad Haidour et d’autres jeunes, dans le contexte de la vague de contestation qui a touché le Maroc comme la plupart des autres pays arabes depuis 2011.

« Mohamed VI, le dictateur, l’assassin... »

Les propos sont crus et violents :

« Pourquoi nous vivons dans la pauvreté ? Parce que le colonisateur dont le représentant à Rabat est Mohamed VI, le dictateur, l’assassin et le tueur, et que chacun le traite comme il le veut… tout qualificatif conviendrait à ce chien et aux chiens qui l’entourent.

On n’installe pas à la tête de l’Etat un sioniste de Tel Aviv, on en choisit un de chez nous. Il est installé dans ses palais, il organise des fêtes et il fait ce qu’il veut.

Quant à ce chien de peuple, il peut crever de faim. Comme le dit le dicton de chez nous : “Si tu affames ton chien, il te suivra toujours !” Mais, il ne faut pas que le pouvoir oublie que tant que le chien n’aura pas mangé, il ne lâchera pas prise. C’est aussi simple que ça. Et, inch’Allah, qu’il le veuille ou non, le chien aura sa pitance un jour. »

Dans un contexte de révolte

Mais comme le soulignait en 2012 le site marocain Demain Online :

« Les qualificatifs sont durs, injurieux et offensants envers le chef de l’Etat, mais ils ont été dits dans la rue, dans un contexte de révolte populaire contre l’injustice, et ils n’avaient pas vocation à être publiés ni repris par les médias. C’est du bavardage. C’est une discussion entre deux jeunes qui se connaissent apparemment. »

Dans son communiqué, Human Rights Watch commente :

« L’attaque de Haidour contre le roi peut paraître grossière et irrespectueuse à certaines personnes, mais tant qu’il est en prison pour s’être exprimé ainsi, aucun Marocain ne jouit vraiment du droit de parler librement du roi. »

L’organisation rappelle ainsi une prise de position du Comité des droits de l’homme des Nations unies qui déclarait en 2011 :

« Le simple fait que des formes d’expression soient considérées comme insultantes pour une personnalité publique n’est pas suffisant pour justifier une condamnation pénale [...]. Toutes les personnalités publiques, y compris celles qui exercent des fonctions au plus haut niveau du pouvoir politique, comme les chefs d’Etat ou de gouvernement, sont légitimement exposées à la critique et à l’opposition politique. »

 

Pierre Haski | Cofondateur

http://www.rue89.com/2013/07/16/maroc-etudiant-prison-depuis-dix-huit-mois-offense-roi-244277

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