Marwan Barghouthi, le "Mandela palestinien" ? (Paris Match)

Publié le par revolution arabe

L’épouse de Marwan Bar­ghouti, incarcéré depuis 2002 en Israël, était la semaine der­nière à Paris pour pré­senter la cam­pagne inter­na­tionale de libé­ration de son mari et de tous les pri­son­niers poli­tiques palestiniens.


Jeudi avait lieu la journée Inter­na­tionale des pri­son­niers poli­tiques. Parmi eux, Marwan Bar­ghouti, figure influente du Fatah. Arrêté à Ramallah par les forces israé­liennes le 15 avril 2002, il a été le tout premier par­le­men­taire pales­tinien détenu. Condamné cinq fois à la prison à vie pour avoir com­mandité cinq meurtres, dont l’attentat du SeaFood Market à Tel-​​Aviv dans lequel trois civils ont perdu la vie, il a écopé en plus de 40 ans de réclusion pour une ten­tative de meurtre déjouée par l’armée israé­lienne. Il a cependant été acquitté de 21 autres chefs d’inculpation pour meurtres. Lors de son procès, Marwan Bar­ghouti a refusé de se défendre, ne recon­naissant pas la légi­timité du tri­bunal israélien et affirmant être innocent des chefs d’accusation portés contre lui.

Depuis, sa femme, Fadwa, se bat pour faire libérer son époux et les autres pri­son­niers pales­ti­niens. La semaine der­nière, elle était à Paris afin de pré­senter la grande cam­pagne inter­na­tionale, lancée depuis la cellule de Nelson Mandela, à Robben Island en 2013, sou­tenue notamment par l’évêque sud-​​africain Desmond Tutu, l’ancien pré­sident amé­ricain Jimmy Carter, ou encore Michel Rocard. Sté­phane Hessel s’était lui aussi engagé dans cette cam­pagne. « Marwan est un symbole de la résis­tance et sa non-​​libération est avant tout motivée par des ques­tions poli­tiques », a expliqué Fadwa Bar­ghouti, qui a rappelé que « l’enlèvement » de son mari avait été « un choc pour tout le monde ».

Ini­tiateur du Document national de la récon­ci­liation des pri­son­niers, sur la base duquel le gou­ver­nement d’union nationale s’est formé en 2007, Marwan Bar­ghouti est rapi­dement devenu une figure popu­laire et uni­fi­ca­trice en Palestine. « Israël lui a tout infligé, 100 jours d’isolement, 100 jours d’interrogatoire. Mais face à la volonté d’Israël de le faire taire, lui a la volonté de se faire entendre », affirme son épouse. « La pression que nous subissons nous rendra encore plus déter­minés à obtenir la libé­ration nationale », ajoute-​​t-​​elle, lançant cette formule choc : « C’est soit la paix, soit l’Apartheid ».


« Il faut qu’Israël com­prenne que l’oppression ne fait pas régner la sécurité. Au lieu de placer ses efforts ailleurs, Israël préfère gérer l’occupation », affirme Fadwa Bar­ghouti. Celle qui a ren­contré son mari alors qu’elle était encore étu­diante et militait déjà en faveur des droits des pri­son­niers pales­ti­niens regrette qu’Israël ne tienne pas ses enga­ge­ments, « même les plus simples ». « Avec les accords d’Oslo, en 1993, nous sommes tombés dans le piège de croire que la paix per­met­trait la libé­ration des pri­son­niers. Mais aujourd’hui, Israël refuse de libérer les pri­son­niers pales­ti­niens. Quel signal donne-​​t-​​elle ? La libé­ration des pri­son­niers doit venir avant les négo­cia­tions, et non comme un abou­tis­sement », explique cette mère de quatre enfants. Pour elle, le refus de libérer les pri­son­niers, dont son mari, empêche le pro­cessus de paix d’avancer. « Il devrait être libre, pour que nous puis­sions aller plus loin. Mais lorsqu’on exige un prix en retour, nous sommes alors dans une situation de prise d’otage », lance-​​t-​​elle.


Et c’est avec l’aide d’autres pays que Fadwa Bar­ghouti espère gagner son combat. « Il faut que la France agisse, parce que la cause est belle et juste. La France com­prend le rôle que pourra jouer Marwan une fois libre. Mais il est éga­lement important que Mon­sieur Kerry, secré­taire d’État des Etats-​​Unis, nous dise enfin qui est res­pon­sable du non-​​avancement des négo­cia­tions », explique-​​t-​​elle. Selon elle, « ne pas libérer les pri­son­niers est une humi­liation pour le peuple palestinien ».

Depuis le début de son enga­gement dans la lutte pour la Palestine, Marwan Bar­ghouti est sur­nommé le « Mandela pales­tinien », en raison de la simi­larité de leurs par­cours. Tous deux ont formé le mou­vement de la jeu­nesse au sein de leur faction poli­tique, tous deux on défendu le droit de résister, même par les armes (Mandela a dirigé l’aile armée de l’ANC lors de son arres­tation et Bar­ghouti est considéré comme l’un des prin­cipaux diri­geants des deux Intifada), tous deux ont refusé de recon­naître la légitimé des tri­bunaux devant les­quels ils étaient jugés, et tous deux sont devenus des sym­boles de la lutte de leur peuple. Depuis sa cellule d’ Hadarim, à l’annonce de la mort du leader sud-​​africain, Bar­ghouti lui a d’ailleurs écrit une lettre : « Vous disiez : "Nous savons trop bien que notre liberté n’est pas com­plète car il lui manque la liberté des Pales­ti­niens." Et depuis l’intérieur de ma cellule, je vous dis que notre liberté semble pos­sible parce que vous avez atteint la vôtre. L’apartheid n’a pas survécu en Afrique du sud et l’apartheid ne sur­vivra pas en Palestine ».

Mais si Marwan et Fadwa Bar­ghouti ne perdent pas espoir, les années de lutte com­mencent à se faire sentir. « Cela a été pour moi douze longues années, j’ai faibli. J’ai faibli face aux ques­tions de mes enfants. Ils voient leur père très rarement, il n’a même pas encore pu voir sa petite-​​fille », confie Fadwa. Elle ne le voit que 45 minutes, une fois toutes les deux semaines. « Mais cette visite der­rière une vitre ne m’appartient pas, explique-​​t-​​elle. Je dois jongler entre tant de ques­tions. Celles de nos enfants, les ques­tions poli­tiques, les mes­sages que l’on veut envoyer… » Pourtant, Fadwa Bar­ghouti ne regrette pas d’avoir pris la décision de le suivre dans ce combat. « Lorsqu’il a demandé ma main, il m’a dit : "prend une semaine pour réfléchir, avec moi la route sera longue et pénible. Je peux finir assassiné, arrêté. Mais un fois que le pays sera libre, je me consa­crerai à vous". Mais je n’ai pas eu besoin de temps pour réfléchir », assure-​​t-​​elle, cer­taine que ces souf­frances seront un jour un lointain sou­venir. « Parce que le message que nous portons est un message de paix, et d’humanité ».

 

Clémentine Rebillat, Paris​Match​.com, mercredi 23 avril 2014

 


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