Opération «Briser la résistance palestinienne» (GA.ch)

Publié le par revolution arabe

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C’est le monde à l’envers.

 

Alors que son armée est en train de perpétrer un nouveau massacre contre la population séquestrée de la bande de Gaza (opération «Bordure protectrice»), Israël se présente comme victime. Les médias de grande diffusion et les gouvernements complices adoptent largement ce discours et rendent le Hamas responsable des crimes commis par Israël.


Un Etat oppresseur, un peuple opprimé


La violence première est pourtant l’occupation et la colonisation de la Palestine par Israël – le nettoyage ethnique qui continue depuis 1948. Il ne s’agit pas d’un simple conflit entre deux parties, mais d’une guerre coloniale. La nouvelle agression israélienne est donc une opération de répression.


La bande de Gaza est parmi les territoires les plus densément peuplés du monde (quatre fois la population du canton de Genève sur un territoire à peine plus grand) ; 80% de son 1,8 million d’habitants sont des réfugiés de 1948. Dès 1994, Israël a mis en œuvre une stratégie de ghettoïsation de l’enclave palestinienne. Depuis la victoire du Hamas lors des élections législatives de 2006, la population gazaouie est soumise à un blocus qui, jour après jour, resserre l’étau sur les habitants et affecte tous les aspects de leur vie quotidienne. L’embargo a été renforcé suite à l’enlèvement, la même année, du soldat Gilad Shalit, et durci davantage après la prise de contrôle de la bande de Gaza par le Hamas en 2007. Les Gazaouis ne supportent plus de rester isolés du reste du monde. Leur situation économique est misérable. Ils tirent des roquettes parce qu’ils refusent d’être condamnés à l’oubli.

 

En dépit de cette réalité, le ministre américain des affaires étrangères, John Kerry, se contente d’affirmer que c’est Israël qui est assiégé et qu’il a le droit de se défendre.


C’est ainsi qu’Israël poursuit actuellement sa troisième agression de grande ampleur contre la bande de Gaza en six ans. Depuis le début de l’offensive «Bordure protectrice», déclenchée le 8 juillet par des raids aériens et étendue dix jours plus tard à une opération terrestre, 718 Palestiniens (dont au moins trois quart de civils) ont été tués et plus de 3700 ont été blessés (images atroces). 100 000 personnes ont trouvé refuge auprès des Nations unies. De plus, selon le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), la population entière de la bande de Gaza est en danger sanitaire du fait que l’eau potable et les égouts se mélangent, suite à l’endommagement des infrastructures d’eau et d’assainissement. Le CICR a également condamné mardi avec la plus grande fermeté le bombardement dont l’hôpital al-Aqsa à Deir-el-Balah (Gaza) a été la cible.


Du côté israélien, 32 soldats et deux civils ont été tués. Un troisième civil (un travailleur thaïlandais) a aussi péri par un tir palestinien.


Pas de fin à la résistance sans levée du blocus


Au 17ème jour de l’opération «Bordure protectrice», aucune trêve n’est en vue. Le vice-ambassadeur israélien auprès des Nations unies, David Roet, a affirmé mardi dans le cadre d’une réunion du Conseil de sécurité que l’«opération» en cours avait pour objectif d’éliminer les roquettes, de détruire les «tunnels de la terreur», et de démilitariser Gaza. Quant au chef en exil du Hamas, Khaled Mechaal, il a réitéré mercredi les conditions de son mouvement à un cessez-le-feu avec Israël. Le Hamas exige l’arrêt des bombardements, la fin du blocus en place depuis 2006, l’ouverture du poste-frontalier de Rafah avec l’Egypte et la libération des prisonniers arrêtés à nouveau après avoir été relâchés dans le cadre de l’accord d’échange du soldat israélien Gilad Shalit en 2012.


Selon le cofondateur de l’«Intifada électronique», Ali Abunimah, la position du Hamas est en ligne avec l’opinion de la population. En effet, de nombreux Gazaouis s’expriment sur les réseaux sociaux et soulignent qu’un retour au statu quo précédent serait inacceptable. «Cela reviendrait à une mort lente», affirme un Palestinien sur Twitter. «Nous refusons d’avoir gaspillé tout ce sang pour rien», s’exclame un autre.


Le Hamas compte au moins deux succès à son actif. Le premier concerne l’apparente capture d’un soldat israélien le 20 juillet. Deuxièmement, la chute d’une roquette du Hamas à proximité de l’aéroport Ben-Gourion de Tel-Aviv le 22 juillet a poussé de nombreuses compagnies aériennes à suspendre des vols à destination de la ville, pour raisons de sécurité.

 

Diviser pour mieux régner


L’objectif avoué d’Israël est de mettre fin à la résistance du Hamas. Il s’agit également de briser le gouvernement d’unité nationale palestinien nouvellement constitué.


Suite à l’échec de l’initiative de «paix» de John Kerry, les factions palestiniennes se sont réunies afin de trouver d’autres moyens de lutter contre l’occupation. Elles ont formé un gouvernement d’unité nationale le 2 juin qui a été reconnu par la communauté internationale, y compris les Etats-Unis et l’Union européenne. Le 12 juin, trois jeunes colons israéliens ont été kidnappés en Cisjordanie. Israël a attribué l’enlèvement et le meurtre de ces jeunes au Hamas, alors que ce dernier n’a jamais revendiqué l’incident et qu’il n’existe aucune preuve que le parti islamique ait été impliqué.

 


C’est néanmoins cet incident qu’Israël a utilisé comme prétexte pour déchaîner la vague de répression actuelle. En Cisjordanie et à Jérusalem-Est, de nombreuses personnes ont été tuées ou blessées. Plus de 800 personnes ont été arrêtées (qui viennent s’ajouter aux 5250 prisonniers politiques en Israël). Les attaques de colons contre des Palestiniens se sont multipliées.


En Israël, «les militants [contre l’agression israélienne de Gaza] ont de plus en plus peur et hésitent à s’exprimer ou à manifester», selon Michael Warschawski pour qui «l’Etat hébreu est en train de sombrer dans le fascisme».


La mobilisation continue


Tandis que les Etats-Unis et la plupart des gouvernements de l’Union européenne continuent à appuyer Israël, le Conseil des droits de l’Homme des Nations unies a accru la pression sur Israël en décidant mercredi l’envoi d’urgence d’une commission chargée d’enquêter sur les violations qui auraient été commises dans le cadre de l’offensive actuelle. La Haute-Commissaire de l’ONU aux droits de l’Homme, Navi Pillay, a accusé Israël de possibles crimes de guerre à Gaza. Les soupçons s’accumulent : l’armée israëlienne utiliserait une arme effroyable (bombes DIME notamment) et procèderait à des essais de nouvelles armes. Ce qui permet d’effectuer des tests sur le terrain, le meilleur «coup» marketing possible pour l’industrie militaire.


En ce qui concerne la mobilisation populaire en soutien au peuple palestinien, de nombreuses manifestations exigeant l’arrêt des bombardements et la levée du blocus ont lieu à travers le monde. Le mouvement Boycott, désinvestissement et sanctions (BDS) gagne en influence, comme le suggèrent les exemples qui suivent. Dix-sept Etats membres de l’Union européenne avertissent désormais les hommes d’affaires de leurs pays respectifs des risques liés aux activités économiques en lien avec les colonies israéliennes. L’Église presbytérienne a récemment voté le désinvestissement de ses parts dans trois grandes entreprises en Israël. Le 18 juillet, le conseil municipal de Dublin a passé une motion appelant à des sanctions commerciales contre Israël et à un embargo des armes. Le 21 juillet, une centaine de prix Nobel, d’artistes et d’éminents intellectuels ont également appelé à un embargo militaire immédiat sur Israël.


Pour notre part, nous continuerons, partout où c’est possible, à afficher notre solidarité avec la population palestinienne.


 Et nous exigeons :

  • un cessez-le feu immédiat et sans conditions
  • la fin du blocus de la bande de Gaza
  • l’ouverture immédiate des points de passage avec l’Egypte
  • la libre circulation pour la population palestinienne
  • l’aide d’urgence pour la population civile

Eliott Arthur pour la Gauche anticapitaliste

 

http://www.gauche-anticapitaliste.ch/?p=12281

Publié dans Solidarité

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