SAHARA OCCIDENTAL : A quand l’autodétermination ? (AEL)

Publié le par revolution arabe

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Michèle Decaster, secrétaire nationale de l’Afaspa (Association française d’amitié et de solidarité avec les peuples d’Afrique) a bien voulu, de retour d’un voyage au Sahara occidental, répondre à nos questions.

Afriques en lutte : Nous connaissons ton engagement auprès du peuple sahraoui. Tout récemment, tu as fait un séjour au Sahara occidental.


Michèle Decaster : Je suis allée passer quelques semaines de vacances avec mes amis sahraouis car nous avons trop peu l’occasion de passer de bons moments ensemble, les missions d’observation des procès dans les tribunaux marocains ne sont pas toujours propices à des retrouvailles dans la sérénité. Et puis j’étais contente que ma petite-fille ait souhaité m’accompagner et connaître ces militant(e)s de la liberté dont elle m’entendait souvent parler. Là ce fut une belle découverte pour elle qui s’est fait des ami(e)s de son âge, qui tout en ayant un vécu tout autre, ont les mêmes espoirs, les mêmes passions, les mêmes fous rires.


Peux-tu nous décrire la situation sur place ?


C’est la première fois que j’y retournais depuis la répression qui a suivi le démantèlement violent du campement de protestation de Gdeim Izik. J’ai senti les gens, toutes générations confondues, tout aussi déterminés à exprimer publiquement leur exigence d’accès à un référendum libre et sans contrainte, quelles qu’en soient les conséquences en terme de représailles. Une marque notoire : dans les quartiers populaires, les inscriptions sur les murs « vive la RASD » (République arabe sahraouie démocratique) et autres slogans, les dessins de drapeaux fleurissent à chaque coin de rue, les autorités ont dû renoncer à les recouvrir... mais la police est omniprésente avec ses divers corps.


Dans quel état d’esprit sont les militant(e)s sahraoui(e)s sont-ils ?


Les militantes et militants de tous âges sont toujours autant mobilisé(e)s. La répression, ils la vivent depuis bientôt 37 ans, ce n’est pas maintenant qu’ils vont cesser de revendiquer leur droit et défendre leur dignité. Ce qui est différent pour les jeunes générations qui ne supportent plus de vivre sous un régime colonial : discriminations de toutes sortes, atteintes aux droits de l’homme, pillage des ressources naturelles. Les jeunes et les associations sahraouies (non reconnues par le pouvoir) utilisent les brèches du mur du silence pour informer de leur situation. Les organisations internationales de défense des droits de l’homme s’expriment à leur sujet. La solidarité internationale s’est renforcée. Jamais elles et ils n’abandonneront. Le Sahara occidental et le Maroc


Où en est la lutte pour l’autodétermination ?


Le Maroc, malgré tous les appuis dont il dispose au niveau des grandes puissances, dont la France, l’Espagne, ancienne puissance coloniale, les États-Unis, etc. n’arrive toujours pas à imposer sa vision du référendum d’autodétermination, c’est-àdire, à n’offrir qu’une seule option aux électeurs : l’intégration au Maroc dans le cadre d’une régionalisation ! Le Parlement européen vient de prendre une nouvelle résolution pour le respect du droit du peuple sahraoui à l’autodétermination.

 

Le secrétaire général de l’Onu a maintenu à son poste son envoyé spécial, Christopher Ross, auquel le roi du Maroc avait retiré sa confiance, suite au rapport remis en avril qui faisait état d’atteintes aux droits de l’homme au Sahara occidental. En son temps James Backer avait dû quitter son poste après une première manoeuvre du même genre, alors qu’il avait fait des propositions tout à fait crédibles pour la tenue du référendum. Dernier revers pour le Maroc, le rapporteur spécial sur la torture du Conseil des droits de l’homme de l’Onu revient d’une visite au Maroc et au Sahara occidental où il a rencontré les militant(e)s sahraoui(e)s et des victimes de la torture.


Quelles sont les perspectives au niveau international ?


Tout est dans les mains du Conseil de sécurité qui doit renouveler la présence de la Minurso au printemps prochain. Comment notre pays pourra-t-il encore freiner des quatre fers quand il sera question d’élargir les compétences de la mission de l’Onu à la surveillance des droits de l’homme ? On nous a promis le changement dans les rapports entre la France et les dirigeants africains. Le président de la République a dit qu’il entendait « mettre dans la lumière ceux qui étaient dans l’ombre » et qu’il entendait « travailler avec la société civile ». Je n’ai qu’un souhait : que ces principes s’appliquent au roi du Maroc. Ce serait là un véritable pas vers la rupture avec la politique néo coloniale de la France en Afrique.


Bien qu’aucun pays au monde n’ait reconnu la souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental, le site de la francophonie inclut le territoire, non autonome selon la définition de l’Onu, dans celui de son voisin du Nord, le Maroc. Et le journal Le Monde de relayer cette position dans un article récent illustré d’une carte où la frontière reconnue par les Nations unies a disparu, (voir http://www.francophonie.org/-Etats-... l).


Elle attribue au Maroc une superficie qui inclut les 266 000 kilomètres carrés du territoire du Sahara occidental actuellement occupé illégalement. L’OIF qui est sous la responsabilité du ministère des Affaires étrangères se doit de corriger ses cartes en les adaptant aux cartes officielles des Nations unies et au droit international.


Propos recueillis par Gisèle Felhendler

 

http://www.afriquesenlutte.org/afrique-du-nord/republique-sahraouie/article/sahara-occidental-a-quand-l

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