Syrie : « Ils ont tué mon père et mon cousin de sang-froid » (Rue 89)

Publié le par revolution arabe

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(De Hatay, Turquie) La répression aurait fait 2 600 morts en Syrie, faisant fuir des milliers de Syriens. Plus de 10 000 d'entre eux s'entassent depuis le mois de mai dans les cinq camps de la ville frontalière de Hatay, en Turquie. Dans celui de Yayladagi où j'ai réussi à entrer, ils sont près de 3 000. Une femme, que j'appellerai Sajidah, enceinte de 7 mois, me raconte inlassablement :

« Les soldats sont entrés dans la ville et pendant plusieurs jours, c'était la terreur, ils tiraient sur tout le monde, petit ou grand.

Moi, je n'ai pas participé aux manifestations contre Bachar el-Assad mais j'étais obligée de fuir et de tout laisser derrière moi, une vie entière. Et me voilà, vous me voyez sous une tente et je n'ai plus rien. »

En disant ces mots, elle me supplie de ne pas enregistrer sa voix ni de la prendre en photo. Elle est terrorisée et ne se sent pas en sécurité dans le camp :

« Les agents de services des renseignement de Syrie sont partout et ils peuvent trouver les membres de notre famille par notre histoire très facilement, je veux pas qu'on tue encore quelqu'un de ma famille.

Ils ont tué mon père et mon cousin il y a quelques jours, près de la frontière. Ils voulaient juste venir au camp pour nous joindre. Les soldats syriens les ont tués de sang-froid, j'ai peur même en vivant dans ce camp. »

« Assad les envoie pour nous rendre la vie plus difficile »

Le rumeur circule entre les résidents du camp de Yayladagi que les agents des services des renseignements syriens sont partout. « On ne les les connaît pas mais nous sommes sûrs que Bachar el-Assad les envoie pour nous rendre la vie plus difficile », dit un réfugié.

Les enfants sont nombreux, cinq ou six par famille. Il n'y a pas d'école ni de centre de loisir dans le camp de Yayladagi. Dans un coin, on voit quelques toboggans et des balançoires. Rien d'autre pour s'occuper. Certains se sont mis au turc, utilisant leur maigre carnet de vocabulaire appris au contact des employés de la Croix-Rouge.

Abdolreza, 14 ans, fait office de traducteur pour sa famille :

« Je vais apprendre le turc et après l'anglais. Je ne ne peux pas aller à l'école ici, il n'en n'a pas. J'ai rien à faire et je m'ennuie. A Jisr al-Shoghour, j'avais beaucoup d'amis, certains sont ici. Mais je préfère notre maison et notre quartier. J'ai même envie d'aller à l'école. »

Il sont parfois autorisés à sortir du camp, munis d'un bout de papier indiquant l'heure de sortie, pour aller faire le marché. Ils reçoivent entre 2 et 7 dollars par personne chaque mois ainsi que deux repas chauds et des fruits chaque jour.

Des difficultés à se faire soigner

Beaucoup d'enfants souffrent de maladies de peau et d'infections à l'œil. Ils peuvent se rendre à la clinique de la ville, mais les délais de rendez-vous sont très longs, les médecins ne parlent pas arabe et demandent aux Syriens de venir avec un traducteur.

Bader, 8 ans, est venu accompagné de ses deux sœurs, Rim et Atr. Il a très mal aux dents mais la queue est si longue qu'ils finissent par rentrer au camp après avoir attendu des heures en vain.

Ses sœurs repartent vers le marché frontalier pour vendre les olives données par la Croix-Rouge. L'argent leur permettrait d'acheter des légumes et des fruits. Mais personne ne veut de leurs olives.

Les habitants de la ville se montrent accueillants, même si certains font part de leur opposition à cette installation. Yavous, un chauffeur routier :

« On les a accueillis sous un toit même provisoire, on leur a donné de quoi manger, se couvrir. C'était notre devoir, mais ils ont nous accusés de viols, de vols. Ils disent que la nourriture qu'on les donne est immangeable, mais au marché, on les voit vendre tout ce que le gouvernement leur a donné. »

Les larmes de Alnahar

Je quitte le camp avec l'aide de Alnahar, mère de six enfants qui m'avait aidée à y entrer. Quelques centaines de mètres plus loin, je lui rends la robe et le foulard qu'elle m'avait prêtés. Elle a les yeux plein de larmes à cause des infos diffusées quelques minutes auparavant : sept morts dans les manifestations de la ville de Homs.


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