Syrie : les révolutionnaires au four et au moulin (OF)

Publié le par revolution arabe

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mardi 26 mars 2013
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À Ariha, ville partiellement libérée du nord de la Syrie, les opposants au régime de Bachar el-Assad doivent prendre en charge la population. Entre les combats, ils soignent et font le pain.


Ariha. De notre correspondant


« Par ici. Traversez en courant, il y a un sniper là-bas ! » Derrière Mouawiya Harsony, en jeans et gilet à capuche, une troupe de chebab (jeunes) descend prestement les sentiers du djebel Arbayin - la montagne des Quarante - et s'engage sans bruit dans un dédale de ruelles. Kalachnikov en bandoulière, les uns portent des sacs de farine, d'autres des cartons de lait ou de médicaments. De quoi ravitailler, pour quelques jours, les 20 000 habitants du quart de la ville d'Ariha (nord de la Syrie) contrôlé par les révolutionnaires en lutte contre le régime de Bachar el-Assad.


« Extrêmement difficile »


À 26 ans, Mouawiya Harsony appartient à cette génération de jeunes qui, il y a deux ans, dans la foulée des révolutions de Tunis et du Caire, se sont dressés contre la dictature du parti Baas, au pouvoir depuis 1963. Et qui ont organisé la contestation au niveau local.

 

« On a cru obtenir la démocratie par les manifestations. On a été surpris quand l'armée a commencé à tirer, à arrêter et à torturer », dit le jeune pharmacien, se remémorant l'enthousiasme naïf des premiers défilés. Ses deux jeunes frères de 19 et 21 ans ont été tués. Lui-même a eu le bassin fracturé lors d'un interrogatoire. « On a été poussés à s'armer pour se défendre, dit-il. C'est le régime qui a fabriqué la rébellion. »


Au détour d'une rue, Mouawiya montre un immeuble qui appartient à sa famille. Sa pharmacie, au rez-de-chaussée, a été incendiée. Il a mis sa mère et sa soeur à l'abri en Turquie et s'est lancé à corps perdu dans la révolution. « Je ne suis pas militaire, je ne veux pas porter les armes, dit-il. Mais je peux faire tout le reste ! »


Comme beaucoup, il a vendu un terrain familial afin d'acheter des munitions pour la Brigade des hommes libres d'Ariha (720 hommes), le bataillon local de l'Armée libre syrienne. Grâce à Skype, logiciel qui permet d'appeler gratuitement via Internet, il collecte des fonds auprès des émigrés d'Ariha en Europe et dans le Golfe.


Plusieurs fois par mois, Mouawiya franchit la frontière turque pour acheter de la farine - 50 tonnes pour dix jours - et organiser son acheminement en camion, puis à dos d'homme jusque dans la ville, encerclée par onze barrages de l'armée d'Assad. C'est lui, encore, qui organise des rondes pour éviter les pillages, approvisionne l'unique dispensaire ou fait fabriquer et distribuer le pain par les rebelles.


« C'est extrêmement difficile, mais on le doit à la population si on veut qu'elle reste de notre côté », dit le jeune homme, connu de tous et assailli de demandes : il a été élu à la tête du Comité révolutionnaire local, où siègent également les chefs brigadistes. Tous se méfient des « représentants autoproclamés de la révolution », à l'étranger, des « opportunistes qui profitent de notre combat ».


L'avenir ? Pas un instant Mouawiya ne doute de la chute du régime et de l'avènement d'une Syrie libre : « Alors, dit le pharmacien, je reprendrai mes études jusqu'au doctorat. Et on reviendra tous à une vie normale. »


Radjaa ABOU DAGGA.
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Publié dans Syrie

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