En Tunisie, les salafistes à l'offensive de l'université (Rue 89)

Publié le par revolution arabe

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Thierry Brésillon
Journaliste
Publié le 08/03/2012 à 10h42
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Tunisie : l'affaire du niqab à l'Université de la Manouba dans l'impasse (Rue 89)

La tension s'est brusquement accrue, mercredi, à l'université de lettres et de sciences humaines de La Manouba, à proximité de Tunis, après une journée de confrontation et de violence entre partisans et adversaires de l'autorisation du port du niqab.


Cette question entrave le fonctionnement normal de l'Université depuis le début d'un sit-in, fin novembre, organisé par des militants salafistes, dont certains ne sont pas étudiants, pour exiger de la direction qu'elle lève son interdiction du voile intégral durant les cours et les examens.


L'Uget (l'Union générale des étudiants tunisiens) avait prévu d'organiser ce mercredi une mobilisation pour exiger du ministère de l'Enseignement supérieur qu'il mettre fin au conflit qui empoisonne l'atmosphère politique depuis plus de trois mois.


De leur côté, les militants salafistes voulaient protester contre les sanctions prises lundi par le conseil de discipline contre les étudiants impliqués dans les troubles et deux étudiantes refusant d'ôter leur niqab en cours.

Après plusieurs heures de joutes verbales où les tribuns rivalisent de talent oratoire et de puissance vocale, pour se défier à coup de slogans révolutionnaires et de versets du Coran, et plusieurs échauffourées, vite calmées par les cadres des deux côtés, la tentative de marche du l'Uget vers le ministère de l'Enseignement supérieur a avorté avant même d'avoir franchi le seuil du campus.

Un niveau de violence jamais atteint

Des salafistes, arrivés en renfort suite à un appel lancé sur Facebook dans la matinée, se sont mêlés aux militants du campus pour se livrer à une véritable chasse à l'homme contre des étudiants syndicalistes à travers la circulation du boulevard qui passe devant l'université.


Les attaques ont été d'une violence jamais atteinte dans ce conflit. Des groupes s'acharnaient sur des personnes à terre. On dénombre cinq blessés.


Il était particulièrement difficile de savoir qui était précisément les auteurs des agressions, d'autant que des salafistes empêchaient les journalistes de photographier et de filmer. Plusieurs équipes ont été violemment prises à partie et du matériel a été détruit. Si leur intention était de démontrer que les accusations de violence proférées à leur encontre sont mensongères, la méthode n'était probablement pas la plus indiquée.


De son côté, la police, autrefois si active et même présente sur le campus, se contente de dépêcher quelques agents en civil à proximité. Ils assistent aux agressions sur la voie publique sans intervenir. L'un d'eux explique avec franchise :

«  C'est ça la révolution  ! Nous, nous sommes neutres  !  »

Abcès de fixation

Cette escalade est évidemment le résultat du pourrissement de la situation qu'aucune décision administrative n'est parvenue à régler depuis le mois de novembre.

Une décision du tribunal administratif de Sousse, le 2 février, a débouté une étudiante dans un cas similaire, en raison de « la nécessité de dévoiler le visage pour des soucis pédagogiques et le devoir de respecter les règlements au sein de tout établissement universitaire ».


Mais le ministère n'en a pas tiré les conséquences dans le cas de La Manouba.

Le niqab et La Manouba sont les abcès de fixation d'autres tensions. Notamment celles qui opposent les islamistes et un corps enseignant, plutôt laïque et progressiste, à l'image du conflit qui oppose les milieux intellectuels et culturels à la nouvelle majorité islamiste. A cet égard, le fait qu'il s'agisse d'une faculté de lettres et de science humaines n'est évidemment pas anodin.

Il est également difficile pour le mouvement Ennahdha d'aller à l'encontre des militants salafistes et de leur revendication concernant le port du niqab, sans paraître faire une concession majeure à la gauche et aux partisans de la laïcité.

Escalade

Les étudiantes portant le niqab justifient leur choix par les mêmes versets coraniques que ceux utilisés habituellement pour justifier le hijab (qui découvre le visage) et revendiquent la liberté de choix vestimentaire.

Dhamir Ben Alaya, l'un des militants de l'Uget, et ancien prisonnier politique sous Ben Ali (2009-2011), estime :

«  Cette revendication religieuse est un prélude à l'islamisation de la société à partir de l'université. Ce n'est pas cela la vraie revendication du peuple tunisien. Il s'agit d'un projet anti-démocratique et anti-populaire.  »

Si le conflit est microscopique à l'échelle du pays, il met donc en présence deux projets de société, ce qui rend évidemment difficile une solution de compromis.

En attendant, la majorité des étudiants ne souhaite pas prendre partie, se dit disposée à admettre le niqab dans les salles de cours, mais craint l'activisme et la violence des salafistes. Mais elle souffre surtout de la perturbation des cours.

« Il n'y pas de solution, c'est une impasse  », se désolent la plupart des étudiants, totalement désemparés.

Depuis plus de trois mois, les incidents se multiplient, l'escalade de la violence ne cesse de monter. Chaque camp exhibe ses vidéos des bâtons et des barres de fer que les autres utilisent.

Le drapeau tunisien arraché


Un militant islamiste a remplacé ledrapeau tunisien par celui d'Al Qaeda (Thierry Brésillon)

 

Mercredi matin, c'est une violence plus symbolique qui a fait franchir au psychodrame une dimension supplémentaire.

L'un des salafistes présents devant le campus a cru utile d'aller retirer le drapeau tunisien pour le représenter par le drapeau d'Al Qaeda, avant de l'arracher carrément du mât.

L'affaire a d'autant plus exacerbé les passions que le drapeau est à peu près le seul totem qui unisse encore les Tunisiens en dépit de leurs divergences.


Les étudiants salafistes ont rapidement compris l'ampleur de la bourde et ont replacé le drapeau tunisien. Mais le mal était fait et la Tunisie, déjà enlisée dans ses difficultés, s'est accablée d'un nouvelle polémique. Au moins l'affaire aura-t-elle suscité des réactions officielles, de la présidence de la République et du porte-parole du gouvernement.

Reste à savoir combien de temps le ministre de l'Enseignement supérieur pourra temporiser avant de trancher dans ce conflit qui contribue à la polarisation de la société tunisienne.


Aller plus loin

http://blogs.rue89.com/tunisie-libre/2012/03/08/tunisie-laffaire-du-niqab-luniversite-de-la-manouba-dans-limpasse-226837-0

 

http://www.rue89.com/2012/03/08/tunis-des-islamistes-envahissent-la-fac-de-la-manouba-230011

 

 

Commentaire:

 

Déjà le titre! De "En Tunisie, les salafistes à l'offensive de l'université" on passe à:

 

"Le conflit dans l'impasse". Et oui, si tous ces gens mettaient  "un tout petit peu de bonne volonté" hein, s'ils allaient gentiment en cours au lieu de se battre comme des chiffonniers? 

 

Pour un vieux comme moi, çà ressemble à la main mise des fafs sur la fac d'Assas à Paris. Qui foutait le bordel? Ben c'est les étudiants de gauche qui s'opposaisent à la prise de la fac par le GUD, tiens! Et 20 ans après ils la tenaient toujours, bras levés, signes nazis, brimades, coups. C'était moins l'irruption des fachos qui dérangeait les journalistes, que la résistance acharnée d'une minorité agissante, pour conscienciser les "moutons" qui voulaient "juste étudier sans faire de politique" et regarder ailleurs pour ne pas voir le "folklore" nazillon.

 

A force de jouer les "neutres" qui ne prennent jamais partie face à la violence en France, que ce soit celle des opprimés et que celle des oppresseurs, de dire quelque soit l'interlocuteur/ trice: "Vous ne trouvez pas que vous allez pas un petit peu trop loin dans la violence?", et plaquer cela sur la Tunisie, il y a comme "choc culturel". Et un malaise.

 

Il faut être équitable et condamer tout autant les salafistes que cet Uget laïque, qu'on soupçonne fortement d'être d'une gauche pas très modérée, hein? Voyez ce que je veux dire!

 

Il ressort de la lecture une gêne: finalement tous ces laïques "un tout petit peu fanatiques quand même hein", ils sont pas un "tout petit peu"  responsables de la violence, à force de provoquer les salafistes, certes "un tout petit peu extrémistes", mais qui après tout ne  font que leur job après tout? Vous ne pourriez pas respecter les opinions qui vous dérangent, merde, enfin?

 

Et là je sors largument qui tue: Vous ne mettriez pas "un tout petit peu" d'huile sur le feu à résister comme çà aux salafistes ? Faire du bruit dans la rue, en criant, hurlant au lieu de faire des pétitions sagement? Vous ne valez pas mieux, tiens!

 

Résister aux fafs avec des méthodes violentes, c'est quand même de la violence, qu'il faut condamner sans appel, non mais!  Surtout si la police n'intervient pas! Et elle n'interviendra jamais contre les fas. (Puisqu'elle les soutien instinctivement ! En France il a fallu amener l'armée... en 1934 certes, contre une manif facho, depuis rien, ou plutôt si, toujours à "protéger" les fafs et leur droit d'expression face aux extrémistes de gauche! ).

 

En France on s'attache à mettre fascistes et anti fascistes dos à dos, et on les condamne pareil, puisqu'ils sont tous violents! C'est pas beau, les antifafs de se battre dans la rue! Si seulement vous restiez sagement chez vous, il n'y aurait plus de violence! C'est pas le fascisme, c'est la réaction au fascisme, la violence! Laissez les faire et elle disparaït la violence! CQFD!

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