"Tunisie : la révolution et ses passés" (Contretemps)

Publié le par revolution arabe

tunisie directinfo-politique-yassine-ibrahim

 

*

Le 16 juillet 2012, Rached Ghannoushi est reconduit à la présidence du mouvement Ennahda1.

*

Le neuvième congrès de l’organisation islamiste est une démonstration de force politique : pendant quatre jours, ce sont 1103 délégués qui sont réunis au Palais du Kram, dans le nord de Tunis.

 

Plusieurs milliers de sympathisants et de militants du parti ont assisté à la cérémonie d’ouverture ; les représentants des principales chancelleries occidentales sont présents, pour ne quitter la salle qu’une fois le représentant du Hamas palestinien, Khaled Meshaal, arrivé à la tribune. Le vice- président de la République du Soudan, Nafaa Ali Nafaa, a également fait le déplacement.

 

La vieille garde des fondateurs du mouvement est au premier rang. Certains d’entre eux n’en sont pourtant plus les dirigeants: c’est le cas d’un Salah Karker, affaibli et invalide, dont l’assignation à résidence, en France, n’a pu être levée qu’à la suite de la révolution du 14 janvier 20112. En signe de réconciliation interne, c’est aussi le « rebelle » d’Ennahda qui est aux premières loges : Abdelfattah Mourou s’était pourtant présenté sur une liste indépendante lors des élections pour une Assemblée nationale constituante d’octobre 2011, concurrençant ainsi Souad Abderahim, la candidate officielle d’Ennahda, sur la circonscription de Tunis 2. Ce n’est pas seulement un congrès national qui se tient : c’est une célébration politique engageant tout à la fois le passé et le présent.


Car l’événement tient lieu de symbole, 16 mois après la chute du président Ben Ali.

 

Les précédents congrès d’Ennahda se sont tenus dans la clandestinité ou dans l’exil. En juillet 1981, ce qui s’appelle encore le Mouvement de la tendance islamique (MTI)3 se voit refuser son visa de légalisation par le ministre de l’Intérieur de l’époque, Driss Guiga. Près de 500 de ses membres sont alors immédiatement arrêtés. En novembre 1987, le coup d’Etat de Zin al- Abidine Ben Ali et la mise à l’écart du « Combattant suprême »4, le président Habib Bourguiba, participent d’une illusion démocratique de courte durée : plusieurs centaines d’activistes islamistes sont alors libérés de prison, les activités de l’Union générale tunisienne des étudiants (UGTE)5 sont légalisées.

 

Le Mouvement de la tendance islamique, renommé Ennahda, s’apprête à participer aux premières élections « démocratiques » de l’histoire tunisienne, le 2 avril 1989, tandis que sa revue, al-Fajr (l’Aube), est autorisée. Le parti du président Ben Ali, le Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD), descendant direct du Néo-Destour6, cumule près de 80 % des suffrages exprimés, contre seulement 14 % aux islamistes.

 

La majorité du corps politique échappant au palais présidentiel crie immédiatement à la fraude. Opposition de gauche et islamistes : tous appellent à boycotter les élections municipales de 1990. Un an après, la parenthèse est définitivement refermée, et l’heure est de nouveau à la polarisation : en février 1991, des activistes du mouvement Ennahda brûlent un local du RCD dans le quartier de Bab Souiqa, au centre de la capitale, faisant un mort. De 1991 à 1992, les grands procès des leaders du mouvement islamique reprennent, tandis qu’une partie de la direction du mouvement, à l’instar de son principal dirigeant, Rached Ghannoushi, s’exile.

*

Quelque vingt ans plus tard, la scène a changé.

*

Lire la suite

 

 

*

N. Dot-Pouillard, La Tunisie : la révolution et ses passés, Paris, L'Harmattan, 2013, 124 pages.

Publié dans Tunisie

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article