Une guerre secrète au Kurdistan (CI)

Publié le par revolution arabe

 

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Depuis plusieurs semaines, les militaires iraniens n'hésitent pas à franchir la frontière irakienne pour traquer des militants kurdes. Une offensive passée inaperçue mais qui a déjà fait plusieurs morts.


12.08.2011 | Kaveh Ghoreishi | Rooz

Voilà maintenant plusieurs semaines que des affrontements armés opposent les Gardiens de la Révolution islamique [armée parallèle du régime islamique] au groupe kurde du PJAK (Parti pour une vie libre au Kurdistan). D'importants bombardements ont également lieu. La région est le théâtre d'une guerre non déclarée.


Les deux camps déplorent de nouvelles victimes tous les jours et la Croix rouge internationale estime à au moins 160 le nombre de familles contraintes d'évacuer leurs villages du Kurdistan irakien [région autonome du nord de l'Irak]. Ces habitants sont devenus des réfugiés. Le gouvernement régional irakien en dénombrerait plus d'un millier. D'après des sources médicales dans la région, au moins cinq civils ont été blessés ou tués.

Ce n'est pas la première fois que l'on assiste à des pilonnages d'artillerie à la frontière entre l'Irak et l'Iran. Ce qui est nouveau, en revanche, c'est la présence au sol des Gardiens de la Révolution et le fait que les autorités aient donné l'ordre d'évacuer les régions frontalières [les villages sont directement visés par les bombardements, ce qui oblige le gouvernement régional kurde irakien à évacuer la population].

La République islamique d'Iran justifie ces incursions en territoire irakien en affirmant qu'il s'agit de lutter contre un "groupe armé" ou "sécessionniste" semblable au Joundallah [groupe terroriste sunnite du sud-est de l'Iran et auteur de plusieurs attentats]. D'après les chefs de plusieurs groupes kurdes, le but ultime des attaques de la République islamique ne serait pas de soumettre le PJAK mais tout le mouvement de contestation kurde. De fait, c'est précisément ce que tente de faire le gouvernement au lieu de répondre aux attentes des populations de cette région.

Ces événements ne sont pas sans rappeler la guerre qu'a menée la République islamique contre le parti kurde Komala et le Parti démocratique du Kurdistan iranien [PDKI] juste après la révolution de 1979. Trente ans après ce conflit meurtrier, les Kurdes tentent toujours de faire valoir leurs droits. La poursuite de ces attaques n'est dans l'intérêt de personne, ni de l'Iran, ni du peuple iranien, y compris des Kurdes qui luttent pacifiquement pour leurs droits.

Avec la naissance du mouvement vert [mouvement de protestation contre la réélection douteuse du président Mahmoud Ahmadinejad], il y a deux ans, une coopération inédite a émergé entre les groupes kurdes et le reste du pays. On assiste à la montée d'une nouvelle génération de jeunes Iraniens qui cherchent à comprendre ce qui se passe dans la région, indépendamment du discours officiel.

Les militants kurdes doivent aussi comprendre qu'il ne suffit pas de condamner les attaques de la République islamique. Ils doivent également porter un œil critique sur les activités du PJAK. Sans cela, leur actes ne pourront être interprétés que comme des manifestations émotionnelles, non réfléchies et aveugles de soutien en faveur d'un parti politique.

Publié dans Kurdes

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