Une révolution trahie ? Sur le soulèvement tunisien et la transition démocratique (Essf)

Publié le par revolution arabe

Des-dUGTTiens-ont-rejoint-le-lieu-de-l’ex-parlement-tunis
*
DAKHLI Leyla  19 février 2013
  

La révolution en Tunisie s’est-elle retournée contre elle-même, portant au pouvoir un parti peu enclin à défendre les libertés individuelles ?

 

Le processus démocratique est-il définitivement enterré ? La réalité, montre Leyla Dakhli, est bien plus complexe, et si trahison il y a, elle réside dans l’incapacité de la classe politique tunisienne à prendre en compte la demande de justice sociale.

Le soir du 14 janvier 2011, un homme seul criait sur l’avenue Bourguiba : « Ben Ali hrab ! » (Ben Ali s’est enfui) [1], célébrant ainsi la stupéfiante victoire d’une révolution. Dans ce cri, il fallait entendre l’admiration pour le peuple, l’amour pour la liberté, la tristesse pour les morts. Il était seul, dans le noir, sur cette avenue qui quelques heures plus tôt était envahie par la foule en colère. C’était un avocat, un de ces nombreux avocats qui soutinrent la révolte de toutes leurs forces.

Le 8 février 2013, plus de deux ans plus tard, c’est un autre lieu de la capitale, son principal cimetière, qui est envahi par la foule, une foule triste et enragée, venue accompagner un autre avocat révolutionnaire, Chokri Belaïd, devenu un opposant virulent, assassiné devant son domicile.


Entre ces deux moments, le peuple tunisien n’est pas sorti fêter sa liberté, ni crier sa colère d’une seule voix. Alors que les mobilisations se poursuivaient continûment dans le pays, une forme de déception, de découragement s’est installée. Depuis la révolution, pas une semaine ne se passe sans mobilisation, grèves, voire émeutes (dans certaines villes comme Le Kef, Sidi Bouzid, Siliana ou Gafsa, les affrontements avec les forces de l’ordre sont monnaie courante). Le sentiment d’une révolution trahie coexiste à présent avec le constat, visible, que le processus révolutionnaire est encore en cours. Comment expliquer ce paradoxe ?


La plupart des commentateurs font de l’élection du parti islamiste Ennahda après les élections d’octobre 2011 la figure de la trahison. La révolution des jeunes, épris de liberté et de justice, aurait accouché d’un monstre islamiste, conservateur et liberticide. Les premières élections libres post-révolutionnaires auraient porté au pouvoir des adversaires de la démocratie et de la liberté.


A l’analyse, il apparaît que s’il y a eu « trahison » de la révolution, elle ne se situe pas forcément dans l’opposition entre « conservateurs religieux » et « progressistes laïcs ». La mise dos à dos de ces deux camps, largement orchestrée par le jeu politique partisan, masque la difficulté de l’ensemble de la classe politique à répondre aux demandes populaires de justice sociale.

L’oubli du caractère social de la révolte de 2011

Lire la suite

 

Publié dans Tunisie

Commenter cet article