Maroc : le mariage des mineures institutionnalisé ? (LO)

Publié le par revolution arabe

Meres-mineures

Le parti Justice et Développement, parti islamiste au gouvernement, dont fait partie le Premier ministre actuel du Maroc, veut modifier les articles 20 et 21 du Code de la famille.

 

Il veut faire inscrire noir sur blanc que les mineurs peuvent être mariés dès l'âge de 16 ans.


Le suicide en mars 2012, d'Amina Filali, mineure de 16 ans, violée et mariée de force à son violeur, avait en effet provoqué des manifestations de colère demandant d'interdire la possibilité aux violeurs d'éviter la prison en se mariant à leur victime, mais aussi pour empêcher le mariage des mineurs au Maroc.


La question de la condition des femmes au Maroc est un objet de conflit, opposant militants de la société civile, une partie de la population, certains partis politiques progressistes au pouvoir royal. En 1957, le Code du statut personnel, la Moudawana, a réglementé pour la première fois le droit de la famille. À force de critiques de plus en plus importantes de la population et en particulier des femmes, il a été plusieurs fois amendé et réellement réformé en octobre 2004.


Cette réforme est alors apparue comme un pas important pour le droit des femmes, car l'obéissance de l'épouse au mari avait disparu pour laisser place à une égalité des deux époux. Le droit pour une femme de demander le divorce a été reconnu. Les chiffres du ministère de la Justice et des Libertés de 2011 montrent que 60 % des divorces ont eu lieu à la demande des épouses. L'âge légal du mariage est officiellement passé à 18 ans, énorme progrès pour les filles, que cela protégeait de devenir très tôt mère et femme au foyer, sans plus de possibilité d'être scolarisées.


Cependant, si 18 ans est l'âge légal, en réalité les mariages de mineurs continuent. L'article 13 de la Moudawana, et surtout les articles 20 et 21, maintiennent la possibilité de se marier avec des mineurs. L'article 20 dit qu'un juge peut autoriser le mariage du garçon ou de la fille « avant l'âge » de 18 ans. Et c'est en toute légitimité que, chaque année, des juges conservateurs et obscurantistes marient des fillettes au Maroc. Les coutumes et la pression sociale ont largement plus de poids que les lois. Et même si une enquête sociale et une « expertise sexuelle » sont requises avant que le juge statue, il suffit que la mineure apparaisse comme assez forte et ait ses règles pour obtenir cette autorisation. Enfin l'article 17 stipule que, lors du mariage, un des deux époux peut être absent et représenté par son mandaté.


Résultat, depuis 2004, les mariages de mineures ne cessent d'augmenter. Ils étaient autour de 18 000 en 2004, 34 777 en 2010, et 39 031 en 2011, dernières statistiques du ministère de la Justice et des Libertés. Pour la seule année 2011, cela correspondait à 12 % des 325 415 mariages célébrés. Dans 99 % de ces mariages, le mineur concerné était une fille. 35 % des mariages concernaient des filles âgées de 14, 15 ou 16 ans, et pour les autres, 17 ans. La pauvreté d'une grande partie de la population, le peu d'emplois qui permettent de faire vivre toute une famille, ainsi que les viols de mineures, expliquent que cette situation se perpétue. Mais la modification envisagée par le gouvernement reviendrait à la légitimer. Malika FARES

 

http://www.lutte-ouvriere-journal.org/?act=artl&num=2382&id=40

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