Tunisie : le gouvernement d'Ennahda dans l’impasse

Publié le par revolution arabe

Abdessalem Hidouri

Publié dans : Hebdo Tout est à nous ! 183 (21/02/13)
Crédit Photo: Photothèque Rouge/JMB

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Entretien avec Abdessalem Hidouri. Enseignant dans la région de Sidi Bouzid, Abdessalem est membre du Bureau politique de la Ligue de la gauche ouvrière, une des composantes du Front populaire.


Où en est la coalition au pouvoir ?


Elle traverse une crise profonde. Suite au choc provoqué par l'assassinat de Chokri Belaïd, le Premier ministre islamiste a proposé, contre l'avis officiel de son parti, de constituer un « gouvernement de technocrates ». Il espère ainsi redonner une légitimité à la majorité politique issue des élections d'octobre 2011. Ce qui unit les différents clans d'Ennahda, c'est la volonté de rester durablement au pouvoir. Dans ce cadre, il a recruté 1 200 de ses partisans dans l'administration.


Comment ont réagi les différentes forces politiques ?


La plupart des partis de droite et du centre ont accepté la proposition du Premier ministre. Tous ces partis se situent dans le cadre politique, économique et social fixé par les pays occidentaux. Le Front populaire, par contre, a refusé cette proposition. Il considère que cette initiative, prise unilatéralement par le Premier ministre, a pour seule fonction de le remettre en selle. Pour le Front, un gouvernement de crise est nécessaire sur la base d'un programme d'urgence à débattre préalablement entre toutes les forces politiques et sociales.


Quelle a été la position des associations et des organisations professionnelles ?


Elles n'étaient pas destinataires des propositions de participation gouvernementale. En ce qui les concernent, l'UGTT, la Ligue tunisienne des droits de l'homme et l'Ordre des avocats ont donné un « accord de principe » à la proposition de remaniement ministériel du Premier ministre, mais à condition qu'il réponde à une série de critères difficilement acceptables pour celui-ci : un nombre réduit de ministres, la fin des recrutements partisans dans les administrations, la dissolution des organisations violentes, la neutralité des mosquées, la lutte contre la corruption, etc. Elles ont simultanément demandé la relance de l'initiative de dialogue national lancée par l'UGTT, à laquelle seuls Ennahdha et le CPR avaient refusé de participer le 16 octobre dernier.


Quel est l'horizon de cette crise ?


Alors que les mots d'ordre de la révolution de 2011 étaient « travail-liberté-dignité », la population est aujourd'hui victime d’un gouvernement antidémocratique et antisocial, ce qui explique la continuation des mobilisations, notamment dans les régions de l'intérieur. Après l'assassinat de Chokri Belaïd, deux grandes options se dégagent :


– le renforcement de la mainmise d'Ennahdha sur le pouvoir, accompagné du développement de la violence et des assassinats politiques,
– la mise en place d'une coalition entre Ennahdha et des partis libéraux de droite et du centre, en conformité avec le souhait des puissances occidentales.


Dans les deux cas, le renforcement des forces de gauche est plus que jamais d'actualité pour imposer, dans les luttes et dans les urnes, une alternative conforme aux intérêts des opprimés. La révolution est toujours en marche.


Propos recueillis le 17 février par Dominique Lerouge

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