«Israël ne veut plus entendre parler d’un Etat palestinien» (El Watan)

Publié le par revolution arabe

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Pour Jean-Paul Chagnollaud, l’offensive israélienne ne vise qu’à maintenir un million et demi de Palestiniens dans une situation d’enfermement. Critiquant le silence de la communauté internationale, il estime que les Américains et les Européens seront toujours du côté d’Israël. Quoi qu’il arrive…

Comment voyez-vous l’issue de ce conflit, somme toute déséquilibré ? Que cherche vraiment Israël en utilisant sa puissance de feu ?


Je crois que nous sommes entrés dans une phase très choquante et très dangereuse même si le Hamas a, de mon point de vue, opté pour une stratégie risquée et qu’il s’est laissé aller assez facilement dans des fuites en avant qu’il ne contrôle plus. En face, il y a Israël qui est une puissance occupante et dominatrice. Par son opération terrestre, elle a pour objectif de consolider le statu quo à Ghaza, c’est-à-dire maintenir près d’un million et demi d’habitants dans une situation d’enfermement. Israël cherche à consolider sa domination et sa colonisation en Cisjordanie et à Jérusalem- Est. En Israël, les forces politiques au pouvoir ont tout fait pour casser le processus d’Oslo. Elles ne veulent plus en- tendre parler d’un Etat palestinien. Ce qu’elles font, donc, c’est consolider leur position de domination. Israël gère le conflit et ne veut pas le régler par la racine.

 

Comment expliquez-vous le silence des Occidentaux, notamment celui de la France vis-à-vis de ce qui se passe en ce moment à Ghaza ?


Les USA et les Européens sont toujours aux côtés d’Israël, quoi qu’il arrive. Ils refusent de prendre le problème par la racine, d’une part. D’autre part, Israël a mis en place une stratégie habile en prétendant qu’elle ne fait que se défendre face aux attaques du Hamas. Et cela fonctionne. En tout cas, ça a bien fonctionné à Paris, par exemple.

 

En France, l’actuel pouvoir a une position très en recul par rapport à la position traditionnelle défendue par les gouvernements précédents. Le gouvernement français se trouve dans une position tout à fait déséquilibrée. Il soutient Israël. Quant aux Palestiniens, ils ont le sentiment qu’ils ont été tout simplement lâchés par la France.  Je me souviens du discours prononcé par le président Hollande devant la Knesset lors de sa visite en Israël, il n’avait même pas évoqué le droit international. Et quand j’ai demandé à ses conseillers pourquoi a-t-il agi ainsi, ils m’ont répondu qu’il ne voulait pas fâcher les Israéliens. Cela illustre concrètement le recul de la France dans ce dossier.

 

Plusieurs marches en faveur de Ghaza ont été annulées en France sous prétexte de l’existence de risques de dérapage. Que pensez-vous de cette décision ?


Qu’un gouvernement de gauche interdise des manifestations, cela est pour moi juste inconcevable. C’est bien là le meilleur révélateur d’une dérive fébrile de la position de la France vis-à-vis d’Israël. Et tout cela fait le jeu du CRIF et d’extrémistes israéliens, à leur tête la Ligue de Défense Juive. (Interdite aux Usa et Israel, note du blog)

 

Ne pensez-vous pas que le Hamas aurait dû accepter l’offre de l’Egypte pour un cessez-le-feu ?

Bien que les forces sur le terrain soient complètement déséquilibrées, Je pense tout de même que le Hamas s’est laissé embarquer dans ce conflit avec beaucoup d’aveuglement. Il aurait dû s’en tenir à la ligne d’un gouvernement d’union nationale. C’était la bonne ligne. Il a sous-estimé la volonté du nouveau pouvoir égyptien, qui consiste à casser ce mouvement, accusé d’avoir des accointances avec les Frères musulmans déchus en Egypte.

 

Yacine Farah 19.07.14 | 10h00

Jean-Paul Chagnollaud. Professeur des Universités à Paris et directeur de l’Institut des recherches et études sur la Méditerranée et le Moyen-Orient

http://www.elwatan.com/international/israel-ne-veut-plus-entendre-parler-d-un-etat-palestinien-19-07-2014-265105_112.php

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